En Bolivie, prendre soin des tout petits

Alix et Valentin étaient en mission de volontariat à Cochabamba, en Bolivie, pendant un an. Ils ont été envoyés auprès de la Fondation Patino. Celle-ci a pour principale mission de développer l’éducation auprès des enfants, mais possède aussi d’autres pôles, comme la culture, l’agronomie et la santé. Dans ce dernier pôle, Alix et Valentin étaient infirmiers en pédiatrie. Valentin nous raconte ce qu’il a vécu.

Alix et moi avons eu l’opportunité d’effectuer une mission itinérante au cours de cette année. Nous avons commencé à l’hôpital pédiatrique de Cochabamba, durant 6 mois, où nous avons en premier lieu observé et appris le fonctionnement de la structure pour appuyer/remplacer les équipes. Nous étions en charge des urgences ou d’un secteur d’hospitalisation, nous prenions en charge des enfants de tous horizons avec presque tout type de pathologies. Au bout de 2 mois, nous avons eu l’occasion de faire des propositions de développement à la fondation et à la cadre de l’hôpital. En parallèle de notre activité dans les services, nous avons donc également participé aux projets de développement, mais nous avons aussi pu faire quelques propositions d’amélioration en accord avec nos responsables et les moyens disponibles.

Ensuite, Alix et moi sommes allés au Centre de Nutrition Infantile de la Fondation à El Alto, durant 3 mois et demi. Ce centre est l’un des seuls existants en Bolivie, et il accueille essentiellement des enfants dénutris de 0 à 5 ans, mais aussi certains enfants abandonnés par leur famille et qui nécessitent de passer par une assistante sociale. La structure propose aussi de faire des bilans nutritionnels pour les familles, des suivis psychologiques et des consultations et vaccinations avec une tarification sociale (prix unique et symbolique pour la consultation et vaccinations gratuites). Là encore nous avons travaillé dans les différentes aires de la structure (travail social, psychologie, nutrition, infirmerie, consultations et vaccinations). Nous avons aussi participé aux formations et aux journées de préventions animées par le centre. Et nous avons également participé au développement des projets du centre et développer certaines de nos propositions.

Pour finir, nous nous sommes rendus durant un mois et demi à Potosi, sur le Cerro Rico (montagne de laquelle une grande partie de l’argent mondial est extraite, et où beaucoup de famille de mineurs y vivent avec le strict minimum). Nous avons travaillé pour le projet Encuentranos de la Fondation, il s’agit d’un projet pilote pour lequel nous avions 2 missions principales. La première au sein de la santé qui était de faire un point sur les formations en hygiène basique (lavage de mains, brossage de souche et hygiène corporelle), améliorer les collations que le projet fournissait dans le centre aux enfants (qui servaient souvent de repas du soir) et enfin améliorer la coordination dans les dossiers patients des enfants, ainsi que former l’équipe aux diagnostiques nutritionnels et faire un point sur les besoins de l’infirmerie du centre. Notre deuxième mission était quant à elle plus portée sur la partie éducative du centre et notamment au soutien scolaire des enfants. Nous avons également pu leur apprendre à jouer aux échecs (thème utilisé par la Fondation pour un apprentissage ludique de la réflexion et des coordonnées).

Par rapport à l’exercice de mon métier en France, en Bolivie, j’ai découvert le monde de la pédiatrie, les moyens matériels et humains sont moins importants et les directives ministérielles dans les manières d’administrer les soins sont parfois paradoxales et désuètes. Cela m’a permis de me confronter à ma pratique en France et de vouloir évoluer dans ma façon de travailler en rentrant.

La vie locale n’est pas toujours facile, en premier lieu dans le cadre de l’interculturalité. En effet, en Bolivie, les gens vivent en permanence dans le bruit et en vivant dans des villes plutôt importantes cela n’est pas toujours évident. La culture bolivienne est assez paradoxale, parce qu’elle est très centrée sur la famille et le travail, mais il y a aussi un certain manque de respect entre les gens de manière générale. Malgré cela, nous avons eu l’occasion de faire de belles rencontres, tant dans le cadre professionnel, que dans la vie de tous les jours. Nous avons pu rencontrer des gens d’horizons variés et avec des expériences différentes. Cela m’a beaucoup apporté en ouverture d’esprit.

Durant cette année, Alix et moi avons beaucoup appris des gens que nous avons rencontrés, mais la réciproque est vraie également. Pas mal de nos collègues voulaient avoir un « œil extérieur » sur leur travail (et le fait d’être européen est perçu comme une référence, ce qui est une position indélicate puisqu’ils attendent beaucoup de changements de notre part, mais nous n’avons en aucun cas plus de connaissances qu’eux de manière générale et il est important de le leur rappeler). Pour autant, nous avons eu la chance de pouvoir faire part librement de nos idées à nos collègues et les aider du mieux que nous pouvions dans leurs idées, leurs projets, leur travail (ce qui était moins vrai à Cochabamba).

Nous avons eu la chance également de découvrir des univers professionnels et médicaux plus ou moins différents de notre formation initiale et cela nous a permis de nous rendre compte de tout ce à quoi un volontaire peut contribuer.

Une petite anecdote que je voudrais partager, c’est que lors de notre arrivée à Potosi, il y avait une période de sécheresse et que le centre n’avait presque plus d’eau, nos collègues devaient ramener de l’eau de chez elles. Pendant 3 semaines, la responsable est donc allée, presque quotidiennement, demander sa livraison d’eau qu’elle avait payée. Au bout de tout ce temps, un camion-citerne est enfin arrivé sur le Cerro pour réapprovisionner les gens en eau. Nous l’avons rencontré sur le chemin pour repartir chez nous et lui avons demandé s’il avait assez d’eau également pour le centre. Réponse du chauffeur « OUI ! ». Nous voilà remontant la côte jusqu’au centre où nous attendons une bonne heure, pour finalement voir le chauffeur repartir, car il n’a plus d’eau dans sa citerne. Voilà une bonne façon de résumer la vie en Bolivie : ne jamais dire non, prendre patience et faire avec. Finalement, nous avons eu de l’eau quelques jours plus tard et tout est rentré dans l’ordre.

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