« Ils trouvent la force d’aller de l’avant malgré l’incertitude de leur futur ! »

C’est en Bolivie qu’Élisabeth a été envoyée en mission de volontariat pour exercer son métier d’éducatrice spécialisée au sein de l’Instituto José Mercado Aguado. Le foyer accueille une trentaine d’adolescents et l’école forme plus de six cents adolescents en situation de précarité.

Quand la DCC m’a annoncé que ma mission d’éducatrice spécialisée consisterait à accompagner des garçons en pleine adolescence dans leur recherche de projets, j’ai assez vite paniqué ! Et la panique n’a fait qu’empirer jusqu’à la rencontre de ces petits jeunes !  On me disait en Belgique : « les ados c’est partout les mêmes, la confrontation va être difficile… ».  Mes anciennes expériences avec ce public ne m’ont pas non plus donné confiance… Et pourtant qui l’eut cru ! Si j’ai quitté ces jeunes aujourd’hui, j’en garde un souvenir mémorable, 6 mois à apprendre à les connaître, à les découvrir, à écouter leur histoire, leur passé souvent douloureux.

Aller courageusement à la rencontre de l’autre

Dès les premiers instants à Santa Cruz, j’ai compris que l’institution attendait beaucoup de moi. Je devais très vite les accrocher, leur donner envie de participer à ce que je proposais.  J’avoue que le premier jour, j’ai dû prendre mon courage à deux mains pour animer le premier atelier, de la cuisine avec Jorge, José, Matéo, et quelques autres.  Qu’allaient-ils avoir comme première impression de moi ? J’avais envie d’être à la hauteur, d’arriver à les enthousiasmer. Pour la plupart, ils ne me semblaient pas timides mais certains l’étaient et j’ai mis des mois à pouvoir avoir une conversation avec eux.

J’ai compris qu’il fallait me lancer. Que je devais rester moi-même, les questionner et leur laisser du temps aussi. Pour qu’on s’apprivoise, par essaie/erreur avec de la patience et de la douceur. Je devais prendre du temps avec chacun d’eux !

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Volontariat : une expérience de partage

Finalement, nous avons partagé de nombreux moments très agréables. Apprendre à nager à la piscine. Leur faire découvrir le macramé à travers un atelier ludique le mercredi soir. Ou encore la mise en place d’une activité quotidienne de cuisine, durant laquelle nous faisions ensemble des petits gâteaux que nous vendions par la suite pour récolter un peu d’argent.

Aujourd’hui encore je me questionne sur eux. Ils sont pour la plupart très ancrés dans le présent. Ils avancent sans trop se poser de question. Il y a surement de la violence cachée au fond d’eux qu’ils expriment peu mais ça arrive. Je les trouve particulièrement résilients par rapport à leur passé compliqué.  Je suis admirative de certains de leur parcours car ils trouvent la force d’aller de l’avant malgré l’incertitude de leur futur ! Peut-être suis-je dans une société qui pose trop de questions, qui psychologise tout, qui veut tout planifier et tout contrôler. Se laisser vivre peut peut-être être bien aussi.

Ces jeunes resteront gravés dans ma mémoire, ils m’ont permis de questionner mon rapport au temps et je garderai d’eux cette envie de simplement être présente à ce que je fais et avoir confiance en ce qui est.