À Sokodé, au Togo, nous entendons souvent, à propos de grandes et de petites choses : “Dieu est grand”. Cette formule qui nous accompagne au quotidien, nous paraît parfois dérisoire, parfois grandiloquente selon les circonstances, empreinte de fatalisme ou d’espoir dans l’abandon à Dieu. Elle nous révolte lorsqu’il s’agit du décès d’un tout petit et nous fait sourire pour l’arrivée d’un simple taxi attendu.

Fétichisme spirituel ? En tout cas, voilà une phrase qui nous interpelle. Elle nous emmène si loin de nos habitudes spirituelles laïcisées, où Dieu est laissé dans nos églises et dans nos cœurs, mais certainement pas dans nos vies. Nous découvrons ici la beauté de cet abandon total et confiant en Dieu, dans les grandes et les petites choses.

Tous les matins, lors de la prière avec les salariés, nous apprenons à remettre notre journée dans ses mains. Tout le jour, cette phrase rythme notre journée avec l’appel à la prière des muezzins dans cette région à majorité musulmane. Nous apprenons à accepter qu’il est sans cesse avec nous, y compris dans notre quotidien. Oui, Dieu est grand, et peut-être nous a-t-il envoyés ici le découvrir.

Un témoignage en partenariat avec Prions en Eglise

En m’engageant pour une année de volontariat en Guinée avec mon mari, j’ai tout quitté : un job que j’adore, un chouette appartement, une vie bien remplie et un pays dans lequel je me sens bien. En faisant le choix du volontariat, j’acceptais donc de renoncer à une situation confortable pour partir vers l’inconnu. Malgré la crainte qui m’habitait, je me sentais en paix avec cette décision. Bien sûr, j’ai parfois remis en question ce projet, mais la vie est courte et nous voulions saisir l’opportunité d’une expérience forte, différente et fondatrice pour notre vie de jeunes mariés. Nous sommes servis.

En Belgique, je suis journaliste radio, en Guinée, je suis gestionnaire-comptable pour l’Enseignement Catholique. Pas trop le même concept… Cependant, étant optimiste, j’ai appris à apprécier ce travail. Mon rôle est de veiller à une bonne gestion des écoles, c’est un beau programme dans un pays où l’éducation est encore très faible !

Et puis, si le métier ne me correspondait pas forcément, j’y ai rapidement trouvé ma place grâce à l’accueil chaleureux  des Guinéens. La Guinée est un pays où le manque d’infrastructure est criant. Les routes étant mal entretenues, chaque long déplacement est une épreuve, une grande partie de la population vit sans eau courante, ni électricité. Et pourtant, malgré les difficultés que cela engendre, les Guinéens sont joyeux et hospitaliers. La phrase qu’ils répètent à l’étranger arrivant chez eux résume parfaitement leur sens de l’accueil : « vous avez quitté chez vous, vous êtes arrivés chez vous ».

C’est incroyable de se dire qu’il y a un an, je savais à peine situer la Guinée sur une carte et qu’aujourd’hui, je m’y sens chez moi. Au-delà du travail que nous effectuons, ce sont les relations que nous tissons avec la population locale qui enrichissent notre expérience. Nous avons tant à apprendre de l’autre. Ici en Guinée, j’apprends la patience, j’apprends à vivre simplement, à relativiser nos petits problèmes d’Européens et à savourer l’instant présent. Je découvre aussi des coutumes, des façons de faire diamétralement opposées aux miennes, qui me forcent à remettre en question mes propres principes. C’est déroutant, parfois frustrant, fatigant et décourageant, mais ça me fait grandir.

Le volontariat c’est avant tout s’offrir un autre regard sur le monde, se décentrer et goûter à une autre vie. C’est accepter d’aider par des petits gestes, sans avoir la prétention de changer le monde, mais surtout, c’est accepter de recevoir plus que de donner.