La joie de l’instant présent

Caroline

Médecin au Libéria

Là on nous nous trouvons, les Libériens sont issus d’une ethnie très endurcie par une longue guerre civile et l’épidémie d’Ebola.

Les enfants apprennent tout petits à nier la douleur et ne pas exprimer la tristesse. J’ai été un peu déstabilisée par ces réactions au début, moi qui encourage mes enfants à exprimer leurs émotions. Entre enfants, les coups et les moqueries sont très présents comme un banal jeu. Pour les plus grands, il est encore difficile de se projeter à long terme, d’écrire un projet d’avenir.

Le revers de la médaille est que ces jeunes  profitent beaucoup de l’instant présent et se réjouissent de peu. Ils dansent dès qu’une radio diffuse un rythme, déjà tout petits aussi ! A la maternité dès l’annonce de la naissance, les proches dansent en chantant dans la chambre. L’un des moments fort de cet échange est lorsque je me suis mêlée aux danseuses, entrainée par le rythme. Au Libéria, il s’agit d’une société très protestante, où la louange est permanente, et surtout à voix haute ! J’ai décidé de garder un peu de cette joie de l’instant présent.