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Fraichement diplômée en ergothérapie, Anne-Zoé a été envoyée en mission au Cameroun. Elle exerce son métier auprès de notre partenaire local, le Centre des jeunes aveugles « Accueil Notre Dame de la Paix ». Anne-Zoé nous raconte comme vivent ces jeunes aveugles et ce qu’elle a appris auprès d’eux.

Permettre aux enfants aveugles d’aller à l’école

Le Centre des Jeunes Aveugles de Dschang (CJAD), a été créé en 1975 par Monsieur Paul Tezanou, lui-même aveugle de naissance et toujours directeur du centre. C’estun pensionnat qui comprend une trentaine d’enfants et adolescents allant de 3 à 25 ans.

Les enfants du CJAD sont originaires de régions différentes du Cameroun. Certains viennent de la capitale et d’autre des petits villages excentrés des grandes villes camerounaises. Il existe plusieurs centres pour aveugle dans le pays mais chacun à sa particularité, et son moyen de fonctionnement.

Lorsqu’un enfant arrive au centre, il est affecté à la classe d’initiation braille où il apprendra à écrire et lire le braille. Une fois qu’il aura acquis assez de compétences, l’enfant sera envoyé dans une école inclusive du village pour qu’il puisse suivre les cours avec des enfants voyants.Les après-midis les enfants reviennent au centre pour suivre les différentes activités organisées par les professionnels du centre (soutien scolaire, sport, atelier manuel…).

Un enfant aveugle à son bureau pendant la classe, dans une école inclusive du village.
Anne-Zoé porte un enfant sur ses épaules. Avec confiance, ils prennent la pause pour la photo.

Une large équipe pour accompagner pleinement les enfants aveugles du centre

Toute une équipe de professionnels encadrent ces enfants. Que ça soit les maîtresses de la classe d’initiation braille, les référents des dortoirs des filles et des garçons, les référents des lycées, des collèges ou des écoles primaires inclusives, la professeure de sport, le gardien du centre, l’homme chargé de la propreté, etc. Tous ont un poste important pour le bon fonctionnement du centre.

J’ai eu de multiples missions au centre. J’avais appris en amont le braille car j’ai eu un rôle d’enseignante en braille pour les nouveaux pensionnaires. J’ai aussi été enseignante d’accessibilité informatique, gérante de l’argent de poche des enfants, formatrice en comptabilité au niveau d’une boutique et d’un bar reliés au centre, et par ma présence au centre, j’ai eu de multiples missions de vie quotidienne.

Un jeune aveugle apprend le braille avec des pièces en bois.

Bien qu’aveugles, une solidarité et une patience à toute épreuve

Ici les personnes en situation de handicap sont parfois synonymes de malédiction. Malgré cette réalité déroutante, les enfants ont globalement une approche positive et ont accepté leur handicap. Ils s’entraident naturellement, s’accrochent et veulent montrer qu’ils sont comme les autres. Par exemple les malvoyants aident les aveugles à se déplacer hors du centre, un petit de 9 ans peut guider son « grand frère » de 16 ans dans les chemins de Dschang avec bienveillance. Je suis souvent surprise de la hargne qu’ils ont. Je n’ai jamais vu autant d’entraide qu’ici, surtout dès le plus jeune âge. Cela me questionne sur notre individualisme parfois trop présent dans nos vies occidentales.

Aussi, je suis admirative de voir la maturité des enfants entre eux. Aucun ne pleure et si un d’entre eux exprime une difficulté la réponse des autres est souvent « patience ». Moi au contraire, avant cette année j’étais dans l’empathie, je voulais trouver rapidement une solution ou une alternative pour faire changer les idées de mes patients, alors qu’il faut juste prendre le temps. Mais comment en être capable dans un monde qui veut à tout prix avancer plus vite que l’humain ? Trop souvent on oublie le temps qu’il faut prendre pour faire les choses… Cette année m’a appris beaucoup sur l’entraide et la patience. J’essayerai d’y mettre une importance particulière dans mes prochaines prises en charge.

2 jeunes aveugles en tenue de foot.
De jeunes aveugles jouent au cécifoot.

Faire confiance à Dieu

De plus, leurs croyances les aident aussi à avancer. La majorité des enfants du centre sont chrétiens catholiques ou protestants. Souvent ils me confient qu’ils demandent régulièrement à Dieu de leur redonner la vue. Ils se sentent alors accompagnés et se disent que tout est remis auprès de la volonté de celui-ci.

C’est un peu la même chose pour moi. Le début n’a vraiment pas été simple. Essayer de comprendre comment fonctionne ce pays, de connaître mes droits en lien avec mes libertés et ma position de femme, a été très déroutant. Je n’avais aucun pilier, mes proches étaient une ressource mais parfois insuffisante. Leurs conseils pouvaient ne pas être adaptés à ma situation et au final me décourager face à certaines situations. Je me suis alors rapprochée de Dieu pour qu’il puisse me donner de la force pour m’adapter à ce nouveau mode de vie, j’avais l’impression d’être rassurée quand je priais, d’être soutenue et d’être entendue. 

Les jeunes du Centre des Jeunes Aveugles de Dschang en tenue de sport sont réunis pour une photo de groupe.