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Dans la ville d’Ambositra, à Madagascar, une petite entreprise de marqueterie portant le nom d’Idom Art, regroupe un collectif d’artisans. Fondée par Dominique Masseron, Maud Brun en a ensuite pris la direction en 2015. Sollicitant l’apport d’un volontaire DCC pour poursuivre son développement, Alain y est en mission depuis juin 2022. Entretien avec Maud Brun sur cette belle collaboration.

Bonjour Maud, que fait concrètement Idom Art ?

Le cœur de métier d’Idom Art est la marqueterie. L’entreprise malgache fabrique et commercialise des tableaux et autres objets de marqueterie d’art, suivant le savoir-faire ancestral des artisans de la ville d’Ambositra, à Madagascar. Idom Art jouit d’une bonne réputation sur Madagascar, ceci en proposant des produits de qualité et d’une grande originalité. Les produits se démarquent par la modernité dans le choix des couleurs et des modèles.

Traditionnellement, à Ambositra, on fait de la marqueterie de père en fils à la maison et, très souvent les artisans reproduisent en séries des paysages ou des couvertures de BD (type Tintin) de manière individuelle. Une fois la découpe achevée, ces derniers les vendent à des boutiques de revendeurs d’Arts Malagasy en ville pour en tirer une bouchée de pain.

Idom Art a préféré, depuis ses débuts, fédérer une équipe de très bons marqueteurs, les suivre quotidiennement dans leurs tâches et en leur passant des commandes personnalisées. Ainsi Idom Art augmente la rémunération des artisans, valorise leurs savoir-faire incroyables en créant des produits de qualité et de charme.

Votre structure existe depuis plus de dix ans, quels sont les défis actuels ?

Les défis rencontrés résident dans notre volonté de faire d’Idom art une entreprise sociale et solidaire, reposant sur les principes d’un développement durable. D’abord, nous souhaitons fournir du travail en continu à notre équipe d’artisans, leur garantissant une rémunération de qualité. Nous voulons également maintenir une haute qualité dans la fabrication de nos produits. Enfin, l’un des défis les plus importants est directement lié à notre matière première qu’est le bois. Nous souhaitons maîtriser notre consommation en bois et être en mesure de participer au reboisement des forêts de Madagascar.

Des bois de couleur.

Quel est l’enjeu autour de la ressource en bois ?

La marqueterie est la spécialité de la ville d’Ambositra. Il est vrai que la proximité de la forêt de bois de couleurs à l’est de la ville a permis l’essor de la technique. Notre matière première, à savoir des essences de bois de couleurs naturelles, nous arrive principalement de cette forêt.

Roger, marqueteur, et sa scie bocfil.

Leur découpe est incroyablement précise, ils utilisent une scie manuelle assez rudimentaire (sorte d’ancêtre de la scie à chant tournée que l’on connaît en Europe), on l’appelle “scie bocfil”.

Madagascar souffre d’une déforestation galopante, et même alarmante, depuis des dizaines d’années. La population fait pression sur la forêt pour augmenter sa capacité de culture de riz, mais aussi parce que, sans autre moyens mis à disposition, les Malgaches doivent être en mesure de se chauffer et de cuisiner ; de plus le bois est utilisé dans la construction des maisons ou petites menuiseries.

Rizière en marqueterie
Carte postale en marqueterie.
Tortue marine en marqueterie.
Portrait en marqueterie.

La richesse des essences endémiques de la forêt est en danger, car la filière d’exploitation des forêts est mal gérée et dépend d’un organisme étatique corrompu. Nous souhaitons avoir plus de contrôle sur notre approvisionnement en s’associant directement à des propriétaires fonciers en forêt et ainsi prélever sur des domaines privés ce que l’on est capable de replanter.

Comment l’engagement d’un volontaire vous aide-t-il à répondre à ces défis ?

Dans le cas de Idom Art, Alain, notre volontaire, a été en mesure de donner un regard extérieur sur une structure que je gérais de l’intérieur depuis très longtemps. Il a su repérer les points faibles et forts de l’entreprise et proposer des solutions concrètes pour une meilleure gestion et un plus solide développement d’Idom Art. Sa formation académique et ses expériences passées lui ont permis d’être la pièce maîtresse d’un changement dans les pratiques de gestion de l’entreprise. Avec pour objectifs la croissance, mais aussi le développement social et solidaire d’Idom Art.

À quelles évolutions cela a-t-il conduit ?

L’une de mes plus grandes fiertés en tant que responsable d’entreprise et de voir que, grâce au spectaculaire travail d’Alain, Idom Art a atteint un des objectifs les plus important de son histoire : la création et la bonne mise en œuvre d’un fond social d’entreprise.

Maud et Alain avec la famille de Ndrema, maître marqueteur d'Idom Art.

A l’heure où je vous parle, tous les artisans Idom Art intéressés cotisent et bénéficient en retour d’allocations familiales tous au long du calendrier, d’une couverture santé minimum et d’une affiliation à un système de retraite. C’est une grande joie que de voir fonctionner ce fond social privé. Aucune petite entreprise malgache ne peut se vanter de proposer un système de fond social et solidaire comme le nôtre.

Depuis quelques mois, une équipe de cadres malagasy a été salariée et nous aide dans la coordination des ateliers, l’animation des ventes et la gestion administrative de l’entreprise. C’est réjouissant de voir que notre équipe s’étoffe et se professionnalise !

À quel autre défi avez-vous l’ambition de répondre à l’avenir ?

D’un point de vue environnemental, Idom Art a encore de beaux défis à relever ! Une seule et même personne ne peut pas être sur tous les fronts (social, économique et environnemental). Même avec la meilleure des volontés ! C’est pour ça que l’entreprise aurait besoin dans un futur proche de collaborer avec une personne experte dans le domaine.

Le souci d’économiser le bois et de gérer au mieux les chutes de planchettes a toujours été maîtrisé des artisans Idom Art. Ils sont conscients de la rareté de la ressource. À moyen terme, nous espérons pouvoir être en mesure de faire appel à nouveau à la DCC pour la venue d’un ou deux autres volontaires afin de répondre aux défis environnementaux de gestion de la filière bois et de développer un pôle reforestation d’entreprise par exemples.

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