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Après une mission de volontariat d’un an en Cisjordanie, Marion a choisi de prolonger sa mission d’une seconde année pour approfondir sa compréhension de la société palestinienne, notamment par l’apprentissage de l’arabe, et pour transmettre le français, pour ouvrir les jeunes Palestiniens au monde.

Il est 13h10, la sonnerie retentit, les élèves se précipitent en rang pour sortir. Nous avons récité les jours de la semaine, révisé les couleurs et rempli une fiche de présentation. La journée s’achève, c’est ma deuxième rentrée en Palestine !

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J’habite à Ramallah depuis septembre 2022, à 19 km au nord de Jérusalem. Je m’appelle Marion. En France, je suis professeur d’Histoire et de Géographie à Paris. Ici, j’enseigne le Français à Jifna et Ain Arik, deux villages palestiniens à une dizaine de km de Ramallah, la capitale économique, politique et culturelle de l’État palestinien.

Les élèves de Marion dans la cour de leur école.


Durant ma première année, il fallait tout découvrir : la réalité d’une situation géopolitique complexe, la culture arabe, un bouillonnement religieux parfois explosif… Vivre ici, c’est aussi être témoin de violences, d’injustices et d’inégalités criantes au quotidien. Pendant un an, j’ai appris à écouter et à observer la société palestinienne fonctionner. J’ai écouté son désespoir et sa souffrance, mais ses rêves, ses joies, et ses valeurs. J’ai appris à me laisser bousculer par des manières de faire différentes. Ces longs mois d’apprentissage et d’adaptation étaient sans doute nécessaires pour vraiment comprendre en profondeur la société palestinienne tout en restant à ma juste place d’étrangère. Désormais, je passe avec simplicité d’une culture à l’autre. Sans doute que cette 2e année permettra un dialogue interculturel et religieux toujours plus vrai et profond. J’oserai davantage partager ce qui fait la spécificité de la culture française. C’est très beau de contempler le chemin parcouru.

Marion, un rameau à la main, devant le dôme d'une église, avec au loin, le dôme du Rocher.

Pourquoi rester ? C’était une décision difficile à prendre : accepter de vivre à distance la joie des mariages et la tristesse des deuils familiaux une 2e année consécutive. Mais malgré les renoncements inévitables d’une telle aventure, je vis actuellement deux années merveilleuses de ma vie. J’apprends l’arabe, qui m’ouvre les portes du monde arabo-musulman, une langue nouvelle pour moi (parlée par 274 millions de personnes dans le monde et 3,5 millions de personnes en France). À Jérusalem, j’observe l’Humanité dans ce qu’elle a de plus lumineux et de plus sombre. Alors rester une deuxième année m’est apparu progressivement comme une évidence et un appel à aller encore plus loin dans la compréhension de cette Terre et l’Histoire si complexe de l’Humanité. C’est pour moi une évidence qu’il y a un besoin fondamental d’ouverture ici en Palestine. J’ai pris conscience que j’avais la possibilité de m’engager une deuxième année pour contribuer à faire tomber les murs grâce à l’enseignement de ma langue maternelle, le français, une langue étrangère qui permet à la jeunesse palestinienne de s’ouvrir au monde.

Marion apprend le français aux enfants palestiniens en leur faisant faire du dessin.


Cette deuxième rentrée est radicalement différente. Formée aux attendus du DELF, je maîtrise les objectifs de cet examen de maîtrise du français que passent les élèves des écoles latines. Grâce à mon expérience, j’ai nettement amélioré le contenu de mes cours. Je suis aussi désormais plus autonome dans la gestion de classe (ici, les élèves sont beaucoup plus dynamiques qu’en France). Au programme de cette nouvelle année : petites histoires, jeux, bricolages, tout passe par le jeu ou presque, j’ai gardé quelques habitudes scolaires palestiniennes : le par cœur et la récitation. J’apporte de la nouveauté, mes élèves apprennent à découper, coller et colorier… en français !

Et parce qu’un jour, il faudra rentrer… Je me sens aussi appelée à m’engager à mon retour en France et faire fructifier tout ce que j’apprends ici au contact du peuple palestinien. À 8 000 km, mon regard se transforme sur la France. Je suis plus lucide sur les murs visibles et invisibles de notre société. Par l’apprentissage des langues, cœur de ma mission ici, je réalise l’importance du dialogue interculturel et interreligieux. Comment cela se fera-t-il ? Je ne sais pas encore, j’ai encore le temps de me laisser guider pour le découvrir.

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Coucher de soleil sur Jérusalem. Photo prise par Marion pendant son volontariat en Cisjordanie.