Séminariste en mission, un chemin d’humilité et de détachement

Joseph est séminariste et réalise sa mission en tant qu’animateur social au centre Saint Rachel de Jérusalem et au centre Notre Dame Femme de Valeur de Tel Aviv. Ces lieux accueillent des enfants issus de familles de migrants, travailleurs ou demandeurs d’asile. Le but est d’offrir aux enfants un contexte sain pour leur croissance, de les aider à développer une identité harmonieuse, chrétienne et israélienne, pour qu’ils ne finissent pas marginalisés. Une mission qui demande un certain détachement et beaucoup d’humilité.

Peux-tu nous en dire plus sur ton partenaire d’accueil ?

Les deux structures sont des centres d’accueil d’enfants de migrants. La plupart sont d’origine philippine, éthiopienne ou érythréenne. Les jeunes qui y sont accueillis ont des vies très blessées, à cause de leur passé difficile, de leur vie de famille souvent déconstruite, de leur situation en Israël qui est très instable car le droit du sol n’existe pas ici. Ils peuvent donc être expulsés à tout moment. Le centre est le seul élément de stabilité dans leur vie, leur planche de salut, et la mission de ceux qui travaillent dans ce très beau lieu est vraiment de faire qu’ils puissent y être chez eux. Plusieurs parties composent le centre : une crèche, une maison où vivent sept enfants toute la semaine, et un lieu d’accueil et de jeu après l’école de 13h30 à 18h, qui est la partie où j’œuvre.

En tant qu’animateur au cœur de ces deux centres, que transmets tu par ta présence auprès de ces enfants ?

Le principal apport de ma présence ici est que je donne à ceux qui le souhaitent des cours de piano, c’est-à-dire une quinzaine d’enfants en tout. C’est une tâche très gratifiante, car j’ai pris conscience grâce à cela de la valeur éducative de la musique. Jouer d’un instrument les aide vraiment à prendre confiance en eux. Ils se sont persuadés qu’ils n’arrivent à rien, mais de voir qu’ils peuvent travailler un morceau, le jouer, et produire de leurs mains même un morceau très simple, ils voient alors qu’ils peuvent réussir, tout simplement. Souvent, je les accompagne et nous jouons des quatre mains. La musique les ouvre à un autre univers, et je m’en émerveille autant qu’eux. A part le piano, ma mission est aussi d’animer la cour. Il est parfois difficile de motiver les jeunes, de gagner leur confiance ou de leur proposer un jeu un peu recherché. Mais notre mission ici est avant tout de leur donner confiance en eux.

Nous semons sans trop savoir ce qui sera récolté. Mais l’espérance qui nous habite nous fait savoir que, même si les jeunes ne sont pas aujourd’hui pleins de gratitude, ce que le centre leur offre portera du fruit dans leur avenir.

Spirituellement, comment vis-tu ta mission ?

La vie spirituelle est bien sûr au fondement de la mission. La mission au centre, d’ailleurs, ne peut être menée à bien que si nous œuvrons par un amour qui nous vient de Dieu. Car tout ce que nous donnons ici l’est sans retour. Les jeunes n’ont sans doute pas conscience de tout ce qui leur est apporté. Nous semons sans trop savoir ce qui sera récolté. Mais l’espérance qui nous habite nous fait savoir que, même si les jeunes ne sont pas aujourd’hui pleins de gratitude, ce que le centre leur offre portera du fruit dans leur avenir. Je ne suis au centre que pour une année, mais plusieurs personnes y travaillent depuis longtemps, et je dois dire qu’ils sont pour moi un grand témoignage de charité. Même les volontaires athées perçoivent ici qu’ils œuvrent pour quelque chose qui les dépasse, que ce qu’ils offrent est motivé par une charité qui ne vient pas d’eux mais de plus grand. La grâce de cette mission est aussi qu’elle se déroule en Terre Sainte.

Quel constat dresses-tu de la présence chrétienne en Terre Sainte aujourd’hui ?

La présence chrétienne se fait de plus en plus rare en Terre Sainte malheureusement. Il ne faut pas l’oublier dans nos prières. Le drame de Jérusalem est que la ville est ferment d’unité comme elle est ferment de tensions. C’est tout autant une ville de prière, car la plupart de ses habitants sont fervents, chacun dans sa religion, qu’une ville de tensions entre juifs et musulmans. C’est parfois un peu désabusant pour mon regard extérieur, et souvent je me pose la question du sens que doit avoir la présence chrétienne au milieu de ce conflit.

Partir en volontariat avec la DCC, qu’en retire tu ?

C’est sans doute une chance d’avoir pu partir avec la DCC, en particulier grâce aux responsables de missions qui s’occupent des volontaires en Israël et Palestine. Nathalie et Émilie sont effectivement à la fois efficaces, attentives et très à l’écoute. Je les remercie aussi d’avoir créé dès avant nos départs un groupe uni des volontaires qui partaient en Terre Sainte, car cette amitié qui nous lie est très précieuse. Cette mission au milieu de ma formation de séminariste portera beaucoup de fruit, tant spirituels qu’humains, car elle me fait connaître une jeunesse difficile, me donne plus d’expérience auprès des jeunes, et me fait habiter la Terre Sainte. C’est une grande grâce de pouvoir habiter Jérusalem, et de poser mes pas dans ceux du Christ, car alors pour moi l’Évangile s’incarne davantage.