Les mots des autres (témoignage poétique)

Volontaire en Cisjordanie, Nolwenn avait pour mission de promouvoir l’apprentissage du Français à l’université de Bethléem. Amoureuse de la langue française, elle nous livre un poème sur son volontariat, son labeur pour le développement et la paix.

Emprunter les mots des autres pour les atteindre,

Emprunter les mots des autres pour les comprendre.

Prêter le verbe, adopter la phrase,

Accueillir la parole et cueillir ces lettres qui courent et qui dansent sur le papier.

Regarder sans prendre, observer et attendre.

Se donner du mal, être régulier. Battre le fer encore encore

Apprendre la langue, répéter répéter répéter

Apprendre l’arabe, apprendre le français.

Pourquoi ? Qu’est-ce que j’y gagne moi, qu’est ce qu’il y gagne lui ?

Il s’agit de trouver un contigu, construire un commun

Et faire advenir une terre d’entente, une terre d’écoute, labourer le terrain.

C’est cette terre-là, la terre promise, celle qu’on peut bêcher, biner, attendrir et cultiver

Adoucir un peu les frontières, créer des trous dans les murs.

Laisser passer un peu de lumière pour faire pousser de petits pieds de liberté.

Les mots sont des outils, les paroles sont des graines

Ils font bourgeonner les idées et fleurir l’amitié.

Le temps de germer est si long

La plante est si capricieuse,

Elle ne supporte pas qu’on la presse.

Le labour est lent, la terre est revêche.

Il faut agrandir, il faut élargir, petit à petit étendre le territoire,

Cultiver les possibles, sans que le fruit ne se laisse encore voir.

Rien ne réduit le temps,

Ici la fertilité ne souffre pas la productivité effrénée.

Elle glisse doucement le long des jours et des heures,

Des soleils qui se couchent et se lèvent, des efforts et du labeur.

Il faut la pluie qui arrose, qui inonde et s’évapore

Régulier clapotis comme les répétitions du verbe, la conjugaison qu’on apprend,

Les règles et les exceptions qui se déclinent.

On bêche et on rebêche les sons, la prononciation jusqu’à ouvrir une brèche.

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