Infirmière au Liban : s’adapter et oser lâcher prise

Infirmière Diplômée d’État depuis septembre 2021, Capucine a été envoyée par la DCC à Ghodras, au Liban, comme infirmière au sein du Foyer Notre Dame des Douleurs.

La mission que le Seigneur m’a confiée est auprès des personnes âgées et plus particulièrement dans l’accompagnement à la fin de vie de ces résidents.

Le foyer Notre Dame des Douleurs, partenaire local auprès duquel j’ai été envoyé, peut accueillir jusqu’à 80 personnes âgées réparties dans des secteurs en fonction de leur mobilité et dépendance. Pour ma part, on m’a attribué le secteur H qui est le secteur des hommes. En réalité, ce secteur n’accueille pas forcément que des hommes, mais les personnes âgées les plus dépendantes et alitées, ainsi que des soins palliatifs. Depuis peu, le foyer a ouvert une chambre « soins palliatifs » pouvant accueillir quatre personnes en fin de vie. Cette chambre est équipée en conséquence. Actuellement, j’ai à ma charge une dizaine de résidents et 2 personnes en soins palliatifs.

Je travaille en collaboration avec des aides-soignants, des physiothérapeutes, deux médecins qui viennent chacun une matinée par semaine, une psychomotricienne (à savoir, Clémence au volontaire DCC), quatre autres infirmières et une infirmière coordinatrice.

Récemment, avec Clémence, nous avons eu l’idée de fusionner nos corps de métier afin de créer des fiches personnalisées pour les résidents en collaboration avec les médecins, les physiothérapeutes et les autres infirmières libanaises. Ces fiches personnalisées auront pour but d’être présentées à toute l’équipe médicale et de pouvoir par la suite mieux connaitre le résident et son histoire de vie, mais aussi d’adapter le traitement de celui-ci lorsqu’il ne lui correspond plus.

Capuccino, comme la surnomment ses collègues, et son équipe.

Je suis arrivée au Liban durant l’une des pires crises économiques, politiques et financières du pays. Certains la comparent à un temps de guerre, à la différence que, durant la guerre, ils avaient accès à des médicaments, de l’eau, du pain, de l’électricité et du pétrole. Heureusement pour la santé des patients, le foyer est équipé de générateurs qui fournissent de l’électricité en continue, ce qui n’empêche malheureusement pas les coupures d’électricité de temps en temps. Dans ce contexte nouveau pour moi, la plus grosse différence par rapport à l’exercice de mon métier en France, c’est « s’adapter » : s’adapter en fonction du matériel présent sur place, en fonction du nouveau nom du médicament en langue arabe, du langage, de la façon de voir les choses lors d’un soin, etc.

Être missionnaire c’est renoncer

à la manière dont ça se passe

En effet, au cours de notre formation en France, on nous apprend des protocoles avec du matériel bien précis pour les réaliser. Les hôpitaux ne manquent jamais de moyens pour répondre à nos besoins, lorsqu’il faut guérir une plaie ou un escarre par exemple. Ici au Liban, le foyer vit de dons ou de l’aide des familles. Il faut parfois improviser et trouver des ressemblances avec ce qu’on a pu nous apprendre sur le papier quand le matériel manque. Mais ce que je retiendrais d’une sœur consacrée missionnaire lors d’une retraite spirituelle, c’est que le plus beau dans la mission c’est de se laisser porter et puis « être missionnaire c’est renoncer à la manière dont ça se passe.»

Pour conclure, je dirais que j’apporte au foyer « des petite gouttes d’eau qui manqueraient à l’océan ». Ces petites gouttes sont un sourire au quotidien, de l’affection, un regard, une prière partagée ensemble, de la douceur et tendresse dans les derniers souffles de vie, de l’amour dans chaque gestes ou soins réalisés.

Aimer sans cesse

Je le constate jour après jour, cette mission me fait grandir en tant que femme, chrétienne, et infirmière. Elle m’ouvre sur le monde, sur la beauté de la différence et de la simplicité ! 

Il faut oser le volontariat, oser tout abandonner, oser lâcher prise, oser aimer sans cesse !