Faire face à de grands défis

Célia a été envoyée en mission en Côte d’Ivoire. Orthophoniste dans un pays qui en compte très peu, elle a eu à transmettre ses compétences, notamment au sein d’une licence professionnelle en orthophonie. Habitant au sein d’un foyer de L’Arche qui accueille des personnes handicapées, elle a aussi créé des liens plus intimes avec elles. Sa mission terminée, elle nous partage ce qu’elle a vécu.

Dans le cadre de ma mission, j’ai participé à la création d’un centre de prise en charge (équivalent d’un institut médico-éducatif en France), fait des dizaines d’heures de formation (et pas qu’aux étudiants de la licence) et surtout, j’ai vécu avec des personnes handicapées au quotidien.

Assurément, ma mission a été riche. J’ai adoré former : transmettre, et apprendre de mes étudiants, des intervenants et des familles. J’ai beaucoup aimé la prise de recul sur ma pratique qu’amène la formation.

La prise en charge orthophonique des patients et de leur famille était aussi très intéressante, pas vraiment différente de la France. Excepté tout de même que dans ce pays où il n’y a pas d’équivalent de la sécurité sociale française, nous nous adressions qu’à un public aisé. J’ai été atterrée de faire face à une orthophonie réservée à une population avec un niveau socio-culturel élevé.

Autre différence, on partait de beaucoup plus « loin ». Les parents n’avaient pas pour habitude de jouer, d’être avec leur enfant. « Travailler » en proposant des jeux adaptés était donc une nouveauté. Je sentais que j’en demandais beaucoup. Les troubles des enfants étaient aussi beaucoup plus lourd qu’en France à cause du retard de diagnostic et de la non-prise en charge des enfants. J’ai réellement pris conscience de l’intérêt de la prise en charge précoce. Et j’ai réellement compris l’intérêt aussi de la sensibilisation et de la prévention, sur des pathologies précises ou alors plus générales sur le développement de l’enfant. La prise en charge du handicap passe d’abord par une prise de conscience de la population.

Enfin, vivant au sein d’un foyer de L’Arche, je partageais le quotidien avec des personnes handicapées. Cela m’a beaucoup appris sur leur fonctionnement, sur la réalité que peuvent vivre des familles, sur les possibilités et les limites qu’il peut y avoir dans l’environnement. Mais j’ai aussi vécu l’impatience et le fait d’être parfois démuni dans nos ressources pour accompagner ces personnes-là.

Ce que j’ai appris : j’ai essentiellement appris des choses sur moi, j’ai appris que le corps pouvait s’adapter à tout, et que j’ai des ressources insoupçonnées. J’ai appris à fixer des limites et à dire non, à mieux identifier ce que je voulais. J’ai à un certain moment beaucoup douter de moi et de mes compétences parce que je n’arrivais pas à tout faire comme je le souhaitais. J’ai appris à relativiser et lâcher prise, baisser le niveau d’exigence que je me fixais à moi-même.

J’ai aussi appris que tout est possible et qu’il suffit de commencer quelque part même si ce n’est pas parfait. J’ai appris que l’important c’était de se lancer. Et que oui, il est possible d’ouvrir un centre de prise en charge pour enfants handicapés en 3 semaines !

Concrètement, j’ai aussi appris un peu de baoulé, à manager une team d’Ivoiriens, à défendre des dossiers pour obtenir au choix de l’argent, du matériel ou des personnes affectées.

Ce qui me manque de là-bas : je pense que ce qui me manque le plus ce sont les couleurs : des pagnes, de la terre et des couchers de soleil. C’est aussi la chaleur en température, mais surtout humaine : demander des nouvelles de chaque personne qu’on croise, s’arrêter et discuter.

L’ambiance douce et la joie de vivre constante me manquent même si j’essaie de le cultiver ici. J’aimerais garder longtemps le « ça va aller » (qu’à des moments, je ne supportais plus sur place…).

Et puis surtout les gens et l’amour que nous ont donné les personnes notamment les personnes handicapées me manque énormément.

Ce que je retiens : cette année de volontariat fut pour moi l’une des plus difficiles, mais aussi l’une où j’ai le plus appris. Elle m’a vraiment ébranlée, dans mes valeurs dans mes convictions et dans ma vision de la vie. Elle m’a ouverte à d’autres perspectives, à d’autres vérités.

Du peuple ivoirien, je retiendrai les rencontres, l’accueil et la joie de vivre.

De Méité, Amoicon, Aubin, Junior, Constant, Sali et Jonas, je retiendrai l’humilité, l’amour et la confiance qu’ils nous ont partagés. Merci d’avoir fait grandir en moi patience et petites victoires quotidiennes.

De Touré, Adèle, Annicet, Gisèle, Sekongo et Octave qui ont partagé notre vie au foyer, je retiendrai les rires, les échanges et toute l’ivoirité qu’ils nous ont transmis. Merci d’avoir été notre famille là-bas.

Pour finir, petit proverbe de mon invention,

L’important n’est pas de voir le baobab poussé, mais de savoir que tu l’as planté.

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