Être témoin de la fraternité en Guinée

Hugues est marié,  a 3 enfants, et est à la retraite. C’est un ancien ingénieur informatique, fondé de pouvoir, manager, responsable de portefeuille projets, etc, … dans les principales compagnies d’assurance vie françaises ou étrangères. Depuis octobre 2023, et pour un an, il intervient en tant que conseiller technique auprès du Centre Konkouré. Il s’agit d’un centre de formation professionnelle pour les jeunes en situation de handicap à Mamou.

Le Centre Konkouré

« Le Centre a été créé en 2006 par l’association Guinée Solidarité Provence. C’est une ONG française fondée essentiellement par d’anciens ingénieurs ayant travaillé plusieurs années en Guinée (chez Péchiney, notamment).

Le Centre dispense des formations en mécanique, en couture et en layette. Mais aussi des cours d’alphabétisation et de préparation à la vie active et des stages professionnels.

La formation dure 2 ans, avec l’obtention d’un diplôme reconnu nationalement. Chaque année, le centre accueille une trentaine d’élèves, garçons et filles de 14 à 29 ans.

L’enseignement est entièrement prit en charge par l’association, tout comme la cantine et le ramassage scolaire.

Pourquoi partir en volontariat en Guinée ?

Après une vie active bien remplie, où le travail a été un peu trop présent, arrive la retraite !

Je me suis engagé au sein de quelques associations (au bénéfice d’Haïti, de Madagascar), mais sans que cela n’entraine une rupture significative de mon mode de vie. Je restais dans mon confort d’occidental, avec des actions de solidarité qui m’engageaient finalement peu. Elles me permettaient de m’octroyer une bonne conscience confortable.

Un déclic s’est produit lors du retour d’un voyage à Madagascar. Oui, un premier choc a eu lieu à Tananarive, devant la misère, la pollution, la saleté, la corruption et l’injustice. Mais le véritable choc s’est produit à mon retour, à Paris, pendant les fêtes de fin d’année ! Imaginez les illuminations, les vitrines scintillantes et regorgeant de présents, les publicités incessantes, la frénésie, la course aux promotions, les besoins superficiels, les fausses envies et les vrais profits.

J’ai éprouvé un rejet total de mon monde, un dégout absolu devant le gaspillage, la superficialité, l’égoïsme et la recherche constante du profit. J’ai pris conscience que mes engagements n’auraient de sens que s’ils se traduisaient par une rupture dans ma vie et par une action sur le terrain et dans la durée.

Sinon, je faisais preuve de la même hypocrisie que les fausses « bonnes consciences » que je condamnais. J’ai donc contacté la DCC, pour un Volontariat de Solidarité Internationale.

Mes défis avec mes collègues de Guinée 

Il fallait surtout ne pas être le « Monsieur Je sais tout » ni non plus le « Monsieur qui ne sait rien ». Bref, je ne devais pas arriver avec des solutions toutes faites, mais je devais simplement apporter mes méthodes et mon savoir-faire.

J’ai dû apprendre à comprendre les codes, les relations visibles et les règles tacites. Je devais ne pas heurter, être patient, comprendre notre différence de rapport avec le temps.

Mes difficultés

Je suis confronté à la résistance au changement, caractérisée par :

  • Le poids des procédures et des habitudes intangibles, avec une absence de toute remise en question de manière spontanée,
  • Le fatalisme et le sentiment qu’il est inimaginable d’être maitre de son temps, de son avenir,
  • Et le décalage entre l’emphase des discours et le vide des réalisations.

Sur ces points là, j’ai du mal, c’est sûr !

Des projets divers et variés dans ma mission de volontariat 

Mon poste présente une très large palette de missions :

  • Assistance à la prise de poste de la Directrice du Centre,
  • Revue des modalités de gouvernance et de fonctionnement du Centre pour une simplification et une meilleure sécurisation,
  • Organisation des évènements majeurs (Remise des diplômes, jeux paralympiques) : To do list, planification, coordination, suivi opérationnel, retour sur expérience,
  • Recherche de nouveaux bailleurs et réflexions stratégiques sur l’avenir du Centre : mise en œuvre d’activités génératrices de recette, développement de la notoriété du Centre, renouvellement de l’offre de formation ou de nouveaux produits à commercialiser
  • (Ré)activation et animation des contacts avec nos conseillers ou correspondants guinéens.
Joli paysage avec une pirogue

L’épreuve de l’adaptation à la culture guinéenne

Tous mes sens ont immédiatement été mis en éveil dès mon arrivée en Afrique. J’ai été et je suis toujours :

  • Envahi par des bouffées de bonheur devant ce bouillonnement, cette frénésie, ce mouvement perpétuel,
  • Interpellé par le contraste entre :
    • La poussière, la saleté des rues et des caniveaux, les décharges sauvages, les carcasses de voitures, les marigots nauséabonds,
    • Et la beauté et l’éclat des couleurs des tissus et des tenues des femmes, leur posture de reines, les uniformes bien repassés des enfants, les complets des hommes et la beauté des tenues de cérémonies,
  • Impressionné par la capacité de tassement des voyageurs et des marchandises dans les taxis collectifs,
  • Attendri par la vision d’une famille entière sur une moto, le plus jeune, assis entre les bras de son papa et tenant le guidon, fier comme Artaban,
  • Amusé par l’espièglerie des vieilles grands-mères, qui ont dû pourtant énormément subir dans leur vie, et par les regards malicieux, la gentillesse et la simplicité des enfants,
  • Et d’autres sensations… Je ne peux pas toutes les citer.

Mais je suis aussi révolté par :

  • La proclamation assumée de la supériorité de l’homme sur la femme, la polygamie, la domination économique et décisionnelle au sein de la famille,
  • L’esclavagisme, la discrimination sociale, culturelle et éducative et la violence que subissent les femmes,
  • Le maintien des pratiques d’excision,
  • L’absence de toute promotion (pour ne pas dire « interdiction ») de l’esprit critique, d’analyse du pourquoi,
  • La soumission à un Dieu tout puissant, le fatalisme devant le Destin,
  • L’emprise de la religion sur les modes de vie familiale, sociale.
Des déchets jonchant le sol

Que certaines pratiques relèvent des coutumes et traditions ou non, toute religion devrait s’insurger et combattre les pratiques discriminatoires, violentes et injustes, au lieu de les tolérer ou de les avaliser. Je ne peux pas concevoir qu’une religion ne prêche pas et ne combatte pas pour le respect de l’Être Humain ! J’éprouve de plus un rejet viscéral de toutes les techniques de conditionnement, de lavage de cerveau, d’abêtissement, concrétisées par les codifications, les interdits et rites imposés.

Ce que je pense apporter par mon volontariat 

Peut-être mon absence d’autocensure, ma capacité d’oser et de ne pas me donner de limites. Je n’accepte jamais les préjugés et les fausses bonnes raisons pour ne rien faire ou ne pas faire différemment.

J’espère que mon « audace » est contagieuse !

Un moment fort de mon volontariat en Guinée

Il y a un moment dont je ne me lasse pas : La descente des élèves du bus scolaire tous les matins.

Les fauteuils roulants sont parfaitement alignés, comme au départ des 24h du Mans dans les premières années. C’est impressionnant. Certains élèves peuvent descendre tout seul du bus. D’autres doivent être portés. Il y a toujours un élève plus âgé ou plus fort pour le faire. Et puis, tout le monde s’égaye vers les salles de formation. Cahin-caha, clopin-clopant certes, mais toujours heureux d’être là.

Une vraie fraternité existe entre eux. »

Une jeune enfant devant un atelier manuel

 

A découvrir aussi – Le témoignage de Clémence et Germain Delcour, volontaires DCC partis avec leurs enfants en Guinée.