Aider les enfants victimes de violences sexuelles à grandir

Avec son mari Didier, Claudine a été envoyée aux Philippines. Elle est en mission de volontariat de solidarité internationale (VSI) pour un an au sein de l’association Caméléon, qui développe une approche globale pour agir sur les causes et les effets des violences sexuelles à l’égard des enfants et des adolescents. Claudine nous présente sa mission.

Le bon moment pour s’engager

Je suis partie avec mon mari Didier, qui a pris une année sabbatique. C’est un projet de couple, réaliser un rêve datant de 30 ans : partir ensemble au sein d’une association. La plus jeune de nos quatre enfants a commencé ses études supérieures l’an dernier. N’ayant plus d’enfant résidant avec nous, il nous est devenu possible de prendre une année et de réaliser ce projet.

Nous sommes volontaires pour l’association Caméléon, sur l’île de Panay, aux Philippines. Cette association a été créée il y a 27 ans par une Française, Laurence Ligier. Elle est toujours active au sein de l’association, en France et aux Philippines. Elle développe une approche globale pour agir sur les causes et les effets des violences sexuelles à l’égard des enfants et des adolescents.

Au niveau personnel, le temps d’adaptation a été assez long. Didier et moi avons dû ré apprendre à vivre en colocation avec des jeunes, 30 ans de différence d’âge en moyenne. Nous logeons dans la maison des volontaires philippins et français, située au sein du centre Caméléon Passi. Nous avons été jusqu’à dix personnes y résidant.

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Venir en aide aux enfants victimes de violences sexuelles

Caméléon accueille 80 jeunes filles mineures à partir de 6 ans, qui ont été victimes de violences sexuelles. Elles sont placées dans l’un des 2 sites Caméléon par décision de justice, en moyenne 3 ans.  Les centres d’accueil Caméléon sont situés à Passi, ville rurale sur l’île de Panay et à Silay sur l’île voisine, Négros. Les bureaux du siège Caméléon Philippines sont à Iloilo, ville principale de l’île de Panay.

Le centre Caméléon Passi est à la campagne à cinq minutes de la ville et accueille cinquante filles victimes de violences sexuelles ainsi qu’une trentaine de personnes pour les encadrer (assistantes sociales, surveillantes de centre, accompagnantes pour le soutien scolaire, psychologue, cuisinière, chauffeurs, personnes de la sécurité, hommes d’entretien extérieur, maintenance, professeurs de sport, etc.).

Les filles parlent leur dialecte. Elles apprennent l’anglais à l’école. Donc nos échanges se font en anglais.

Exercer son métier d’infirmière

Infirmière de métier, une première mission m’a été confiée. J’interviens au niveau de l’infirmerie du centre de Passi où une infirmière philippine externe intervient à temps partiel. Donc je supplée l’infirmière philippine quand elle n’est pas présente sur le site.

L’infirmerie est située au rez-de-chaussée de la maison des volontaires. J’accueille les filles pour des différents soins (plaies, ecchymoses…), différents maux nécessitant des médicaments (mal de tête, mal de dents….), distribution de médicaments prescrits, vaccination, suivi de poids.

Claudine lave les cheveux d'une jeune fille.
Claudine pèse une jeune fille en la faisant monter sur la balance.

J’accompagne les filles, en fonction des besoins au centre médical pour consulter le médecin traitant, prise de sang, radiologie, au cabinet dentaire, chez les médecins spécialistes, à la pharmacie, etc.

Je participe à des ateliers de prévention : importance du lavage des dents, gestion du stress, importance de l’hygiène corporelle.

L’approche des soins n’est culturellement pas le même qu’en France car il n’y a pas de sécurité sociale. Tout est payant. Pour se faire soigner, il faut acheter le matériel nécessaire (la seringue, l’aiguille, le produit….) On attend pour aller consulter le médecin car cela a un coût, les dosages des médicaments sont moindres.

Les filles prises en charge par Caméléon ont la chance d’avoir accès aux soins dentaires, à la consultation ophtalmologiste ou autres spécialistes. L’état dentaire est déplorable. Ceci est dû à une alimentation très sucrée, pas de prévention. Beaucoup de caries, de dents nécessitant leur extraction. Certaines filles ont déjà de petits dentiers (grâce à Caméléon qui paie) quand ce sont les dents définitives de devant qui ont été enlevées.

Animer des ateliers loisirs créatifs et de cuisine

J’ai aussi une seconde mission. Plusieurs fois par semaine, le matin, durant 1h30 à 2h selon le nombre de filles présentes au centre, j’anime des ateliers. En temps normal, les filles présentes sont d’abord les quelques filles qui ne sont pas scolarisées en présentiel, puis celles dont les institutrices ou professeurs sont absents. A cela s’ajoute les jours vacants liés aux fêtes de la ville, les jours fériés, les jours avant les examens, les vacances scolaires…, bref, de nombreux jours où les filles sont toutes au centre !

Claudine fait un gâteau avec une jeune fille qui a été victime de violences sexuelles.

Le loisir créatif n’est pas inscrit dans la culture. Il faut donc trouver des activités qui peuvent les intéresser. J’ai abordée des thèmes en fonction des périodes de l’année (comme Noël, la Saint Valentin, ou bien la Journée de la femme, ou encore la fête de la ville Pintados). Nous avons par exemple réalisé des décorations qu’elles peuvent accrocher dans les salles communes.

D’autre part, nous sommes très limités en matériel, soit parce qu’on ne peut pas les trouver dans la ville de Passi, soit parce que c’est trop onéreux à l’achat. J’anime des ateliers de 5 à 10 personnes. Par exemple, l’utilisation de matériel tranchant (ciseaux, cutter, couteaux, pointes…) est très encadrée. De fait, certaines filles ont des tendances autodestructrices et se mutilent. Il faut aussi s’assurer que le matériel emprunté est rendu.

Pour le loisir créatif, il faut faire preuve d’imagination et utiliser du matériel récupéré dans la nature.  Quant à l’atelier cuisine, les filles l’apprécient beaucoup car elles aiment manger. Mais on ne peut pas dire que ce soit un pays de grande gastronomie. Je constate qu’elles aiment les plats sucrés ou gras et qu’elles utilisent beaucoup d’huile dans les cuissons.

Trouver une juste proximité avec les filles du centre

Échanger en anglais n’est pas toujours facile. Il faut donc s’assurer que nous nous sommes bien comprises. Voire, faire intervenir un encadrant si c’est nécessaire.

Durant les ateliers loisirs créatifs ou cuisine, comme nous sommes en petits groupes, c’est un moment privilégié pour moi et pour les filles pour les échanges. Mais il faut rester à sa place d’encadrant car elles sont très en attente d’une attention personnelle. Elles ont tendance à être égoïste.  Le sens du partage n’est pas inné même pour les grandes. Vivant continuellement en groupe, dormant en dortoirs de dix, j’observe qu’elles aspirent par moment à être « uniques ».

Durant les ateliers cuisine, j’essaie de montrer l’importance de ne pas utiliser trop de sucre ou d’huile et j’explique l’impact sur la santé. Je les invite à éviter la surconsommation de soda et de snacks (gâteaux apéritifs, gâteaux industriels, etc.) J’échange des recettes philippines et françaises avec la cuisinière. Enfin, comme elles adorent chanter, danser, nous avons appris quelques danses. Nous participons même à la chorégraphie lors du final des shows !

Claudine et Didier offrent des crêpes pour la chandeleur.