En Côte d’Ivoire : comprendre une autre culture

Samuel a été envoyé en mission en Côte d’Ivoire. Ingénieur à agronome, il s’est occupé de la ferme de la communauté de L’Arche au sein de laquelle il vivait. Cette communauté accueillant des personnes handicapées, il a partagé leur quotidien. Sa mission terminée, il nous partage ce qu’il a vécu.

Vivre sur son lieu de mission

Au sein de la communauté de l’Arche (qui accueille des personnes porteuses de handicap mental), j’avais une mission auprès de l’élevage de volailles de cette communauté. Comme la ferme était déjà assez performante, il y avait peu d’axes de travail à mettre en place en partenariat avec les salariés. J’ai surtout passé beaucoup de temps à faire le travail quotidien d’une ferme : servir les poulets, nettoyer les abreuvoirs, ramasser les œufs…

En parallèle, avec Célia, nous habitions dans un des foyers de la communauté (avec 4 assistants et 7 personnes ayant un handicap mental). Je participais donc à l’accompagnement de sept personnes dans leur vie quotidienne (vaisselle, repas, douches, loisirs…). Pour moi la mission d’un volontaire c’est aussi s’insérer dans la vie locale, ce que l’on a fait en tant que chefs scouts (avec les routiers : 18-21 ans) ou en participant aux activités de la paroisse. Cela m’a permis de créer des liens en dehors de L’Arche et de passer des moments conviviaux avec ces personnes.

Un jeune homme déguisé joue du tamtam.
Selfie d'un jeune homme déguisé.

Se comprendre malgré la différence culturelle

Au départ, être étranger était difficile, pour comprendre les gens, le fonctionnement… Je trouve que ça reste une difficulté pour créer des liens avec les gens : nous n’avons pas les mêmes codes, pas les mêmes attentes dans la relation, pas le même rapport à l’amitié… Par contre, cela n’empêche en rien de fraterniser, de rire ensemble ou de discuter. Et puis il y a parfois une incertitude sur le fait qu’il y avait peut-être un sous-entendu, ou que les mots employés aient un sens que je ne connais pas.

Au travail, la difficulté était de savoir à quel moment faire des propositions, quand il était opportun d’insister ou d’estimer le temps à laisser passer avant de les relancer. Notamment parce qu’il n’y avait pas de lien hiérarchique entre nous, mais ça avait aussi plein d’autres avantages !

Un homme de trois-quart sourit. En arrière-plan, une quarantaine de masques sont exposés sur le mur.

Les fruits de mon volontariat

Ce que j’ai appris : j’ai appris à comprendre une autre culture, une autre façon de voir le monde, même si je pense que je n’ai vu que la partie émergée de l’iceberg. J’ai appris à accepter : accepter que le résultat ne soit pas celui que j’espère, accepter de s’ouvrir à ce qui venait. Plus concrètement, j’ai appris à vivre avec des personnes handicapées et avec des gens qui ont une autre vision du monde. Donc à appréhender d’autres manières de raisonner. J’ai aussi appris à m’ennuyer et à m‘en accommoder. J’ai gagné en résilience, en capacité à m’adapter et à rebondir : ça va aller !

Ce qui me manque : en étant étranger, on avait finalement une grande liberté : on pouvait prendre ce qu’on voulait de notre culture et ce qu’on voulait de la culture ivoirienne, sans que la société nous pose les mêmes limites. Il y a en Côte d’Ivoire une apparente simplicité de la vie, une légèreté, une joie que l’on ne trouve pas en France. Il me semble que les difficultés là-bas, même si elles sont les mêmes qu’ici, ne sont pas vécues de la même manière. Les Ivoiriens ont une autre façon de voir le monde, ce qui a ses avantages et ses inconvénients mais en tout cas c’est une vision très différente et très intéressante.

Ce que je retiens : le volontariat, et plus largement le fait de côtoyer des personnes d’autres cultures est souhaitable. Cela permet la rencontre, l’échange et la co-construction d’un monde meilleur, malgré nos différences. Je suis fier d’avoir plus ou moins compris les gens, et d’avoir apporté ma petite pierre à l’édifice de l’élevage des volailles, à celui de la prise en charge du handicap, à celui du scoutisme et à ce(ux) dont je n’ai pas conscience. J’ai aimé rencontrer les ivoiriens, valides et handicapés. Ce sont de belles personnes.

J’en conclus que la question du développement est complexe et n’a pas une définition unique. Parti en volontariat pour aider et rencontrer, j’ai (un peu) aidé et (beaucoup) rencontré. Car on finit par comprendre des opinions à l’opposé des nôtres, sans pour autant changer d’avis. On dépasse le fait de tolérer les convictions des gens, en les recevant comme vraies, aussi vraies que mes propres convictions. Pour moi, c’est un préalable à un monde de paix.

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