La joie d’améliorer la situation financière d’une école qui accueille des personnes handicapées

L’association Rabbit School a fait appel à un volontaire pour l’aider à se restructurer et redresser sa situation financière. En mission depuis un an et heureux des résultats obtenus, Paul a décidé de prolonger sa mission.

Les enfants jouant à un jeu dans la cour de l’école

La mission de Rabbit School

J’effectue ma mission à Phnom Penh, au sein de l’association Rabbit School en qualité de chargé de développement, de collecte de fonds et de communication. Rabbit School, a pour mission, depuis plus de 25 ans, d’accueillir et d’éduquer les enfants en situation de handicap intellectuel (principalement l’autisme et la trisomie 21). Au Cambodge, le handicap, qu’il soit physique ou mental, est toujours assez mal perçu par son peuple ; la religion bouddhiste, à travers la notion de karma, considère que notre condition est la conséquence de nos actes dans des vies antérieures ou celles de nos parents. Bien que les mentalités évoluent rapidement, on ne trouve aujourd’hui pratiquement aucune école spécialisée, hormis quelques institutions privées proposant leurs services à des prix inaccessibles pour la majorité de la population.

Rabbit School, gratuite et ouverte à tous, offre un accompagnement individuel jusqu’à l’insertion professionnelle à plus de 600 élèves. L’école est située au sein même d’une école publique : la vision originelle, celle de mon directeur, est de favoriser l’inclusion en mélangeant les élèves « valides » et ceux en situation de handicap. Certaines classes sont d’ailleurs mixtes pour ceux dont le handicap est le plus léger. A chaque pause, il est facile d’observer dans la cour les élèves jouer ensemble, faisant fi de leurs différences ou se montrant bienveillants les uns envers les autres.

Les élèves de l’école s’adonnent aux arts plastiques

Une mission difficile à réaliser pour faute de moyens malgré des acteurs engagés

A l’école du lapin, nous sommes encore bien loin du terrier dernier cri : pas de climatisation dans les classes, pas d’accès à l’eau potable et les toilettes ne respectent clairement pas les standards d’hygiène. Devant mon bureau, des poules, des canards et des cygnes déambulent en bande. Au milieu de la gigantesque cour de récréation (2,5 hectares environ), un marché, au sein duquel vous pourrez vous procurer aussi facilement un pistolet à eau qu’un RedBull ou des nouilles sautées.

Dans mon équipe, plusieurs acteurs principaux sont à introduire :

  • Touch, le directeur et fondateur de l’ONG, un visionnaire à l’esprit incroyablement créatif. A 57 ans, il est le fondateur de l’association qu’il dirige depuis 25 ans.
  • Vuthy, le directeur adjoint et jeune père de famille. Il forme avec son chef un duo fonctionnel : rigoureux, besogneux, et expert en tout, il se nourrit de l’imagination débordante de son supérieur pour mettre en pratique des projets ambitieux.
  • Sothearom, la directrice financière et couteau suisse de l’école. Sothearom travaille beaucoup, tout en pensant à tout le monde tout le temps.

Tous trois forment une équipe d’une expertise et d’un dévouement formidables, portant à bout de bras une association qui lutte  péniblement contre des  difficultés financières conséquentes. La crise sanitaire au Cambodge a été désastreuse pour les ONG, particulièrement celles ne bénéficiant pas de financements provenant de  donateurs particuliers : depuis 2021, les trois ont accepté de diminuer leurs salaires de 20%, Sothearom a réduit son travail à mi-temps et a cherché un demi-poste ailleurs, et les deux autres ont pris des responsabilités supplémentaires.

Cherchant à assurer l’équilibre économique de l’association ils ont fait appel à la DCC pour trouver un volontaire qui puisse accompagner l’équipe à refonder la stratégie, chercher de nouveaux financeurs et améliorer la communication. Ma mission dans cette aventure est large : restructurer le projet stratégique pour les 5 prochaines années, développer les liens avec le secteur privé, assurer la pérennité financière de l’association, et dépoussiérer la communication.

La bibliothèque très colorée de la Rabbit School

Un avenir qui s’annonce radieux

En presque un an, les résultats se sont révélés très positifs : nous avons collecté près de 50 000 euros de plus que l’an passé (soit une augmentation de 17% du budget annuel), multiplié les soutiens des entreprises au Cambodge (avec 6 nouvelles structures qui nous aident techniquement ou financièrement), rénové la cours de récréation de l’école principale à Phnom Penh (bien entendu, les animaux ont toujours droit de cité), engagé la création d’un centre d’orthophonie, initié une formation continue externe pour 25 de nos enseignants, et lancé la construction de nouvelles salles de classes pour augmenter nos effectifs de 80 élèves environ. 2023 et 2024 sont pour Rabbit School deux années de transition majeure dans l’histoire de l’association, mais devraient désormais assurer un avenir plus optimiste pour de nombreux enfants en situation de handicap.

Cette année a été aussi passionnante qu’éprouvante me concernant : les différences culturelles rendent parfois la communication dans le cadre du travail, au-delà même de la langue, complexe. L’organisation à la cambodgienne est très surprenante, tant dans le respect inconditionnel de la hiérarchie, le temps décisionnel ou les relations entre collègues. Une fois ces différences intégrées et respectées, la collaboration devient passionnante et une source de grande joie (et de rires à chacune de nos incompréhensions).

En décembre dernier, j’ai demandé à la DCC et à Rabbit School la prolongation de mon contrat pour un an de plus. Cela me permettra d’assurer le bon déroulement de tous les projets lancés en 2023 qui sont  encore en chantier, et de préparer le chemin pour mon successeur.

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