Au Cameroun, le souffle de la jeunesse

Fort d’une carrière de médecin ophtalmologiste, Patrick a décidé de la terminer par une mission de volontariat et a été envoyé un an à l’hôpital St Vincent de Paul à Dschang. Auprès de la jeune population camerounaise (l’âge moyen est de 18 ans), il a pu transmettre ce qu’il a appris et communier à la vitalité d’un peuple.

L’hôpital où j’ai exercé est dirigé par la communauté des filles de la charité de St Vincent de Paul. Il a une vocation humanitaire et outre le service d’ophtalmologie s’y trouvent également des unités de médecine générale, gynéco-obstétrique, pédiatrie, ORL, chirurgie, dentisterie, radiologie. Il y a même un centre de dépistage, suivi et traitement du sida et autres maladies sexuellement transmissibles fréquentes ici de même que la tuberculose.

L’accueil a été très chaleureux dès le début et s’est poursuivi tout le long de la mission. J’ai beaucoup apprécié le travail en équipe avec des échanges très fructueux entre nous sur les plans professionnel, culturel, amical et spirituel.

La population camerounaise est jeune, intelligente, accueillante et travailleuse. Elle dispose également de toutes les richesses naturelles (terre fertile, eau, soleil, pétrole, gaz…). Le gros souci est la corruption généralisée de tous les dirigeants politiques et de nombreux fonctionnaires, ce qui bride grandement le développement de ce beau pays. Lors de mes démarches administratives j’y ai été malheureusement confronté et pour obtenir mes documents j’ai du très fréquemment verser des « pourboires « , même à un commissaire principal… Cette élite préfère se servir plutôt que servir son peuple qui en souffre (coupures d’électricité, d’eau, d’internet fréquentes, routes en mauvais état souvent en simple terre ravinée par les pluies, grande pauvreté).

Les Camerounais se retranchent dans une vie familiale très riche. Trois voire quatre générations sont sous le même toit d’habitats très simples. Les nombreux pauvres ont malgré tout un champ familial à travailler pour se nourrir. Tout le monde travaille les champs même ceux qui ont eu une profession dans la semaine. Mon collègue camerounais ORL travaillait dans les champs le week-end ! J’ai d’ailleurs une anecdote en début de mission à ce sujet : en discutant avec un membre de notre équipe il me dit qu’il allait au  » champ » le week-end. Je compris « chant » et lui demandais alors des précisions qui devaient lui paraître incongrues. Devant ses réponses évasives nous nous sommes rendus compte du quiproquo et avons alors bien rigolé.

Outre mon activité médicale qui m’occupait bien, j’ai eu la chance d’être accueilli dans une des six chorales (et oui!) liturgiques de la paroisse attenante à l’hôpital : quatre chorales de jeunes (16 à 35 ans) et deux de membres plus âgés. C’est par hasard que je me suis retrouvé en contact avec une chorale de jeunes qui m’a intégré sans sourciller.

Outre l’animation de la messe dominicale de 17h environ une fois par mois, cette chorale était sollicitée pour animer des mariages et des obsèques.

Les messes dominicales sont ici beaucoup plus longues (de 1 h 30 à 4 h pour les grandes fêtes), très chantantes et dansantes (même le prêtre danse !) avec de très belles homélies qui mettent plus en relief la perte de nos valeurs chrétiennes en Europe…

Les mariages sont aussi très gais et festifs. Au Cameroun tout est source de fête avec repas chantant et dansant. Les camerounais ont tous un sens musical et rythmique très développé car ils dansent et chantent depuis leur plus tendre enfance. Ils reproduisent ainsi des traditions ancestrales entretenues par des chefs de village et même incluses dans les liturgies chrétiennes, ce qui explique leur longueur mais aussi leur beauté.

Les obsèques sont ici très différentes des nôtres. On les nomme « célébration de la vie ». D’une façon générale les familles récupèrent dans la maison familiale le corps du défunt. Là il est veillé pendant une semaine jour et nuit. Le Vendredi soir il y a une messe suivie de la veillée chantante et dansante toute la nuit. Non seulement la famille élargie y participe mais également tout le village y est convié. Le samedi matin est dite une nouvelle messe suivie de témoignages de toute la famille. Ensuite la famille en comité restreint va inhumer son défunt dans le terrain même de la maison familiale pendant que le reste des invités (toujours habillé de couleurs très gaies) chantent et dansent. Cela se termine par un grand repas festif sous des tentes montées dans la propriété familiale avec de très nombreux invités. Tout ceci surprend au départ mais c’est le signe d’une grande espérance en une autre vie au-delà.

Sur le plan spirituel j’ai donc eu la chance de profiter d’une paroisse très active mais aussi avec des temps de prière plus au calme avec les sœurs Filles de la charité de St Vincent de Paul et même une récollection de trois jours dans un séminaire, destinée au personnel hospitalier. Cela m’a été d’une très grande aide pour accomplir au mieux ma mission.

Je ne cesse de rendre grâce à Dieu de m’avoir vraiment emmené à cette mission car j’ai eu de grandes périodes de doute avant mon départ. La mission me correspondait bien. Cela m’a permis de servir et de transmettre tout ce que j’avais appris moi-même de mes pairs. Mais j’ai surtout beaucoup reçu et il est sûr que je « ne rentre pas chez moi comme avant ».

Enfin je remercie mon épouse Véronique sans laquelle cette mission n’aurait pu se concrétiser : la décision du départ s’est prise à deux et elle a assumé seule les nombreuses charges familiales, matérielles et administratives pendant cette année. Je considère que même en France elle a participé à cette mission.