« une transition vers un autre chemin de vie »

Aurélie, rentrée il y a peu d’un volontariat d’un an à Bangalore auprès de l’ONG Life Project For Youth, nous raconte son parcours et le cheminement de son expérience. 

 

Il m’a fallu deux ans avant de dire « oui » à LP4Y. Cette envie de départ avait été murement réfléchi. J’ai d’abord refusé ma première mission en Inde, freinée par mes peurs. Puis, un an après, j’ai de nouveau postulé. Cette fois-ci j’étais vraiment prête, j’acceptais cette peur et ce désir de l’inconnu…

On m’a souvent demandé pourquoi être partie ? Pourquoi s’être engagée dans une mission de volontariat alors que j’avais a priori une vie bien tracée.

Comme pour beaucoup de volontaires que j’ai croisés, un dénominateur commun était la quête de sens. Ce désire profond d’être utile, au service de l’autre. Investie dans des associations, je voulais faire plus, au moins temporairement.

Je désirais aussi donner une chance, à ceux en qui peu de personnes croient. Je sais d’expérience qu’il faut parfois peu pour créer des déclics et permettre de révéler des vrais potentiels.

Etant au même poste depuis six ans (cadre dans l’industrie aéronautique), je me sentais suffisamment à l’aise pour pouvoir me permettre cette parenthèse d’un an et sortir de ma routine, travailler et vivre différemment. J’avais envie d’une expérience à l’étranger, de découvrir une autre culture et de m’inscrire dans le partage. Car la mission est véritablement un échange. Ce n’est pas unilatéral, ne croyez pas que vous serez le seul à transmettre…il s’agit d’un échange mutuel et c’est ce qui fait la richesse et la beauté de la mission.

J’ai pu bénéficier d’un congé sabbatique avec mon entreprise, ce qui m’a encouragée à me lancer. Niveau personnel, je n’avais pas d’autres freins, à part l’éloignement avec mes proches.

Suite à une riche préparation à l’envoi en mission par la DCC, je me suis envolée pour l’Inde en février 2019. Tout d’abord à Delhi pour recevoir la formation de l’ONG LP4Y. J’ai ensuite rejoint mon centre d’attache, dans le bidonville de Devara Jeevana Halli, situé dans un quartier musulman de Bangalore.

L’ONG LP4Y (Life Project For Youth) se mobilise pour l’intégration socio-professionnelle des jeunes les plus exclus. Neuf mois de training professionnel, à l’issus desquels les jeunes  sont en mesure de trouver un travail décent par eux-mêmes. Notre Life Project Center accueillait une trentaine de jeunes femmes (de 17 à 24 ans), réparties dans deux programmes. 50% des activités étaient basées sur l’apprentissage de l’entrepreneuriat, à travers l’expérience de la gestion d’une micro-entreprise.

Après avoir mené des audits d’identification des besoins de la communauté, nous avons créé notre propre programme, appelé Digi’Women (Digital Women). Il s’agissait d’ouvrir un club informatique à destination des femmes du bidonville afin de lutter contre la fracture digitale. Ce projet était géré par les jeunes comme une micro-entreprise : organisation en départements (RH, business development, achats, communication etc.), gestion du budget, création du branding et du logo, reporting, etc.

En tant que coach de Digi’Women, je dispensais des trainings d’anglais, d’informatique, de communication et de business au jeunes. Il y avait également un pilier en développement personnel pour les aider à prendre conscience de leur potentiel et à construire leur avenir professionnel.

La mission de coach allait bien au-delà des murs du Life Project Center. En effet, il y avait un important travail de mobilisation sur le terrain, afin de convaincre les acteurs locaux de notre mission. Par ailleurs, des sessions de recrutement de nouvelles jeunes étaient régulièrement organisées pour offrir l’opportunité à d’autres de nous rejoindre.

Je me rendais régulièrement dans les familles des jeunes pour tisser des liens et tenter de mieux comprendre leur environnement.

Enfin, je gérais les partenariats avec des entreprises qui offraient des opportunités d’expériences professionnelles aux jeunes (company visit, mock interviews, employees’ testimonies etc.).

Ces 13 mois sont passés à une vitesse folle. Rien ne s’est déroulé comme je l’avais imaginé. J’ai géré de « l’imprévu » (pénurie d’eau, panne d’ordinateurs, conflits entre les jeunes etc.) quotidiennement. Oui, le rythme était usant et la charge émotionnelle, compliquée à gérer. J’ai parfois été déçue par le comportement des jeunes, voire découragée.

J’ai surtout été bousculée positivement dans mes habitudes de vie, de penser et de « travailler ».

Dans les moments de doute, j’ai trouvé l’énergie et le réconfort en partie grâce aux jeunes. Frappée par leur capacité de résilience, émue et fière de leurs progrès fulgurants, ce sont elles qui ont été mes professeures de vie !

J’ai souvent été surprise de recevoir dans des moments où je m’y attendais le moins. J’ai appris à me satisfaire des plaisirs simples. D’ailleurs, mes plus beaux souvenirs resteront ceux passer à rire, en partageant un chai (thé indien) à leurs cotés.

Même si la mission fût dense, j’estime que partir un an est beaucoup trop court et vous encourage à vous engager plus longuement.

Quatre mois avant mon retour en France, je commençais à prévoir ma reprise avec le service RH de mon entreprise. C’était très compliqué de réussir à me projeter alors que je souhaitais continuer à vivre pleinement mon expérience indienne.

J’étais certaine d’une chose, je désirais une mobilité professionnelle et géographique (possibilité offerte dans un grand groupe), afin de savoir si je pouvais réellement m’épanouir professionnellement dans ce milieu.

J’ai donc postulé à un emploi complétement différent de l’ancien. A première vue, je n’avais pas les compétences techniques pour intégrer un secteur aussi pointu que celui de la recherche. Mes chances d’être prise étaient minimes. Pour autant, ce qui a fait la différence avec les autres candidats fût ma motivation (mon « énergie à revendre » comme me l’a dit mon futur patron) et surtout, mon expérience du volontariat. Cela prouvait que j’osais « sortir du lot », et mettait en avant mes capacités d’adaptation ainsi qu’un sens de l’humain et du relationnel exacerbé.

Contre toute attente, j’ai été sélectionnée pour ce poste !

Mon congé sabbatique étant arrivé à son terme, j’ai pris mes fonctions un mois après mon retour de mission, dans un contexte de crise COVID-19. Je vous laisse imaginer à quel point débuter un nouvel emploi, en télétravail, en chômage partiel et si rapidement après être rentrée en France fut difficile.

Malgré le challenge que cela représente, la découverte de personnes et d’activités passionnantes, je m’interroge sur mon choix et ne me sens pas en phase avec moi-même.

Le retour de volontariat mérite d’être considéré avec attention. Lorsque je suis rentrée en France, mon état d’esprit n’était pas de travailler. J’avais envie de voyager et de me former pendant 3 à 6 mois avant de retrouver une « vie normale ». Il est indispensable de prendre du temps pour soi,  pour retrouver ses marques, se poser et se reposer.

J’étais convaincue que le volontariat ne serait qu’une parenthèse, aujourd’hui je réalise qu’il s’agit plutôt d’une transition vers un autre chemin de vie.

Je vous souhaite de vous épanouir dans votre mission au contact des autres.