Je ne suis plus d’ici, je ne suis pas encore d’ailleurs,
Je ne suis pas d’un lieu. Je suis des gens que j’aime.
Il me faudra les caresser du regard, passer de l’un à l’autre en nous écoutant bruire doucement.
Il me faudra les discerner en y voyant le jour se lever.
Il me faudra imaginer leurs contours dans la nuit qui tombe.
J’accepterai de me promener sous leurs pluies battantes, dans leurs excès d’ensoleillement. Je n’ai plus que des visages pour seuls paysages.
Je me ferai saisonnier pour arpenter vos récoltes, mais aussi vos jachères.
Je serai sur vos crêtes, parfois dans vos jardins. Vous êtes mon chez moi.
Ne plus se définir par rapport à un lieu, à un statut social, à un savoir faire.
Je n’adhère plus au monde.
Mais il faut tenter d’exister pourtant.
Je peux le faire dans les brisures, dans les blessures, leucocyte errant.
Savoir être dans un nul part, être le sujet d’une utopie n’est possible que dans la confiance de ce qui me dépasse et dans le regard des amis.
Si je n’ai pas ces regards et cette confiance, je ne suis rien.
Quelle sensation étrange que de se sentir désincarné, de n’être qu’une enveloppe. L’avion qui m’a ramené devait être postal. Depuis que je suis rentré je me tends aux autres, lettre cachetée du timbre exotique d’un pays ignoré. Certains lisent un compte-rendu, un témoignage, une histoire singulière. D’autres ouvrent la lettre comme on ouvre une porte, voient l’histoire nouvelle, se rappellent des ruines…
Quelle sensation étrange que de se sentir désincarné, de n’être qu’une enveloppe. L’avion qui m’a ramené devait être postal. Depuis que je suis rentré je me tends aux autres, lettre cachetée du timbre exotique d’un pays ignoré. Certains lisent un compte-rendu, un témoignage, une histoire singulière. D’autres ouvrent la lettre comme on ouvre une porte, voient l’histoire nouvelle, se rappellent des ruines…
Quelle sensation étrange que de se sentir désincarné, de n’être qu’une enveloppe. L’avion qui m’a ramené devait être postal. Depuis que je suis rentré je me tends aux autres, lettre cachetée du timbre exotique d’un pays ignoré. Certains lisent un compte-rendu, un témoignage, une histoire singulière. D’autres ouvrent la lettre comme on ouvre une porte, voient l’histoire nouvelle, se rappellent des ruines…
Quelle sensation étrange que de se sentir désincarné, de n’être qu’une enveloppe. L’avion qui m’a ramené devait être postal. Depuis que je suis rentré je me tends aux autres, lettre cachetée du timbre exotique d’un pays ignoré. Certains lisent un compte-rendu, un témoignage, une histoire singulière. D’autres ouvrent la lettre comme on ouvre une porte, voient l’histoire nouvelle, se rappellent des ruines…
Devant leurs yeux je me laisse lire. Savent-ils, ceux que j’aime, que j’y ai puisé
les couleurs de mes mots ?
Semaine Missionnaire du 14 au 20 Octobre
Nous n’avons pas inventé la Parole, elle ne vient pas de nous, mais à nous (en Jésus-Christ). Elle nous est transmise de génération en génération, de pays en pays, par une formidable chaîne de témoins qui se relaient.
Par exemple, Moïse (Ex. 17,
invite Josué à combattre le mal et le soutien par la prière. Paul continue de former Timothée (2Tm3, 14 – 4, 2). N’est-ce pas ce qu’on appelle la tradition ? Nous même, par qui avons-nous reçu cette Parole, ce cadeau, ce don ?
Ce mouvement nous relie aux apôtres et aux communautés chrétiennes qui ont discerné l’essentiel parmi les témoignages et les expressions de foi pour établir notre Nouveau Testament, ce "dépôt de la foi". Comment avons-nous reçu cette Parole ? Si nous ne la recevons pas dans une rencontre vivante avec le Christ et avec Dieu, cette parole se réduit à un message. Avons-nous été réceptif ou rétif ? En quoi nous a-t-elle transformés ? Quelle conversion a-t-elle opéré en nous ? Quels sont les lieux, les communautés, les témoins qui ont jalonné notre chemin ? Tout au long de la lettre de Timothée, on voit que St Paul guide ce disciple sur le chemin ; il l’initie à la vie chrétienne. Paul l’invite à écouter ce que lui ont enseigné ses maîtres avant de l’appeler à témoigner. La Parole reçue est-elle accueillie au plus profond de notre cœur ?
Le temps est venu: le temps du retour à la maison, le temps d’un avenir professionnel à construire, le temps des vacances, ici ou là-bas…
Le temps! Mais qu’est-ce qui m’est donné du temps ?
J’anticipe le futur (le prochain week-end, le dîner à préparer, le projet à boucler, les vacances à organiser…) ou je remâche le passé (la dispute que j’ai eue la veille avec mon partenaire…)
En fait, je n’ai de prise réelle ni sur l’un ni sur l’autre. Le plus important, ce qui m’est donné et que je dois apprendre à recevoir, c’est le temps présent qui me donne de toucher la présence du monde, de l’autre, de Dieu, de vivre avec Dieu et en Dieu :
Le passé appartient à la miséricorde, le futur à la providence et le présent est le lieu de l’Amour.
Si je regarde Jésus au bord du puits avec la Samaritaine : « Jésus, fatigué par la marche, se tenait assis près du puits » (Jean 4,1-42). Jésus m’apparaît fatigué mais non stressé ; alors que les foules le pressent, il prend le temps de la rencontre avec la Samaritaine. Jésus m’apprend à entrer dans le temps de Dieu.
Pour goûter cette densité du présent, la question n’est pas d’appuyer sur la touche pause pour rendre grâce du temps qui défile, mais de le remplir de la densité de l’Amour.
Nicolas Antoine, chargé de mission en Guinée, nous livre sa prière. Dans cette prière, c’est le peuple guinéen auquel on pense, Dans cette prière, c’est nous tous qui sommes invités à entrer en Carême, avec Dieu et nos frères.
« Il y a un an, j’ai vécu les cérémonies du mercredi des cendres à Conakry, en Guinée. C’était la première grève générale connue sur le pays. J’étais moi aussi bloqué sur la capitale et je n’avais déjà pas pu effectuer ma mission normalement. C’était le début d’un carême qui allait me mener, à Pâques, au jour de mon baptême. C’était le début d’un carême vécu au désert, au milieu des pauvres, de la souffrance d’un peuple.
Au milieu de jeunes ou adultes qui depuis des années sont devenus mes amis et mes frères. Aujourd’hui, le désert est plus grand encore d’être séparé d’eux dans ces moments de peine. J’ai eu des nouvelles de certains, qui sont vivants encore. Je suis sans nouvelles d’autres, étudiants sur Conakry.
Certains sont arrêtés. Certains se cachent. Certains n’ont à manger que ce que les voisins veulent bien leur donner. Hier au Puy le thème du carême présenté à la messe était "Partage ce que tu as, partage ce que tu es" . Ce sont des larmes que j’ai trouvé à partager, sur le moment je n’ai trouvé en moi que les ténèbres de ces enfants de Guinée que j’aime.
"Partage ce que tu as"; j’ai le ventre qui se noue de la faim d’Eti et Loulou à Dixinn, j’ai la peur de Mohamed qui attend son arrestation à Boffa, j’ai la gorge qui se serre de l’inquiétude du vieux Gérard, à Boké, pour son fils dont on est sans nouvelles. "Partage ce que tu es"; je sais que je suis aimé et que Dieu peut se faire lumière dans les ténèbres.
Cette année j’ai vécu les cérémonies du mercredi des cendres au Val-Vert, en France. C’est la troisième grève générale connue sur le pays. Je suis bloqué au Puy et je n’ai pas pu effectuer ma mission normalement. C’est le début d’un carême qui va nous mener, à Pâques, à la Résurrection. C’est le début d’un carême, vécu au désert avec le Christ : corps brisé dans les corps brisés de ses pauvres. Loin de la souffrance d’un peuple, et tenu si près dans la communion.
Vous qui êtes au milieu de ces jeunes et adultes qui depuis des années sont devenus mes amis et mes frères, puissiez-vous être témoins pour eux, que Dieu peut se faire lumière dans les ténèbres ! »
Rappelle-toi qu’il t’a fait homme…
Rappelle-toi qu’il t’a fait témoin de son amour…
Rappelle-toi qu’Il t’a fait créateur de Paix, de Joie et de Bonheur…
Rappelle-toi qu’Il t’appelle à grandir…
Rappelle-toi qu’il t’appelle à aller toujours au delà de toi-même…
Alors…
… N’oublie pas que pour être homme, tu dois partager la vie de ton créateur
… N’oublie pas que pour être témoin de l’amour, tu dois partager l’amour de ton Dieu
… N’oublie pas, que pour être créateur de Paix, de Joie et de Bonheur, tu dois être proche de ton frère
… N’oublie pas que pour grandir, tu dois d’abord accepter d’être petit comme un enfant
… N’oublie pas que pour aller au-delà de toi-même tu dois d’abord te mettre en route
Alors…
Fais toi proche de ton Dieu
Fais de l’Amour le moteur de ta vie
Lance-toi dans l’aventure de la rencontre
Accepte que Quelqu’un te prenne par la main
Accepte de suivre Celui qui te précède sur le chemin de la vie…
Quelques références bibliques:
- Ecclésiastique 4
- Deutéronome 10, 12 sq.
- Cantique des cantiques 1
- Michée 6, 8
- Matthieu 6
- Matthieu 23, 31 sq.
- Jean 13, 1-20
- Jean 13, 34-35
- Jean 4, 11 sq.
" Quand on a décidé de partir, il faut faire ses bagages, seller son âne et se mettre en route. La montagne est à peine visible dans le lointain. A l’aube il faut partir.
C’est un grand départ. Il faut dire adieu. A quoi ?
A tout et à rien. A rien, car ce monde que l’on quitte sera toujours là près de nous, en nous, jusqu’à notre dernier souffle, toujours aussi près de nous. Étant chassé et repoussé, il a bien des chances de surgir avec plus de véhémence à l’intérieur de nous même.
A tout, car, en partant à la recherche de l’absolu, nous coupons les ponts avec tout ce qui pourrait nous en détourner. La séparation, finalement, n’est pas dans l’éloignement mais dans le détachement.
Il faut à tout prix empêcher notre personnalité de se replier sur elle-même, de se construire une citadelle.
Avant de partir, il y a quelques coups de hache et de serpe à donner. En tranchant autour de soi, on voit immédiatement que l’on tranche en soi. Mais il ne faut pas attendre d’être détaché de tout et de soi pour partir.
Qu’emporter avec soi ?
Tout soi-même et rien de moins. Étrange réponse après avoir dit qu’il faut tout laisser et surtout se laisser soi-même.
Et pourtant c’est vrai, il faut s’emporter tout entier. Beaucoup ne partent qu’en apparence.
Ils se mettent eux-mêmes en sécurité avant de se mettre en route. Ils se font une personnalité artificielle, ce robot, cette ombre d’eux-mêmes qu’ils envoient. Ils n’entrent jamais vraiment de tout leur être dans l’expérience. En partant, il faut mettre sur son âne tout ce qu’on possède et partir avec tout ce qu’on est, il faut tout prendre, les grandeurs et les faiblesses, les grandes espérances, les tendances les plus basses et les plus violentes, tout, tout, car tout doit passer par le feu. »
Père RAGUIN « Chemin de la Contemplation »