Pays en crise : choisir la fidélité, juin 2008
Lorsque l’angoisse est permanente et se poursuit jusqu’à atteindre le sommeil, il faut rentrer. Difficile de soutenir psychologiquement tension et incertitude» affirment plusieurs sœurs missionnaires. L’autre épreuve est professionnelle : les volontaires ne sont pas des spécialistes de l’humanitaire d’urgence, réactif aux crises en tous genres.
A y regarder de plus près, du Liban au Burkina Faso, un enseignant enseigne, un constructeur construit. Cette lapalissade définit assez bien le sens du volontariat DCC.
Car le volontaire ne se réduit pas à l’acteur de développement : il part partager le quotidien d’une communauté. Par son engagement, il se rapproche du missionnaire dans la radicalité de son désir : « on a vocation à être avec, aussi dans les difficultés, encore plus dans les difficultés » nous rappelle une sœur blanche. Le volontaire aussi. Une autre religieuse missionnaire renchérit : « par la présence, on se dit que ce n’est pas perdu. On espère ensemble, avec les populations ». L’Espérance. « 10 ans de guerre au Burundi ont créé une forme de désespoir, ou plutôt de pessimisme chez les populations locales. L’Eglise, par tous ces acteurs, y compris ses volontaires doit redonner confiance à la population» exhortait le nonce au Burundi.
Parfois, dans la froide banalité d’un quotidien de guerre, le volontaire se découvre une vocation à l’action d’urgence et se révèle être un appui précieux dans la gestion de crise. Les circonstances, sa personnalité, celle de son partenaire : les causes de sa mutation sont multiples mais rien n’est programmé.
Selon Philippe Ryfman, sociologue spécialiste des ONG, urgence et développement ne sont pas si antagonistes. Une véritable articulation se met en place recadrant le rôle du volontaire comme le décrit Jacques Duplessy de la Mission de France, ancien responsable d’une ONG d’urgence : «les volontaires auraient plutôt vocation à assurer la transition dans les situations de crise : s’assurer d’une part que les bénéficiaires de leurs projets puissent être inscrits dans les actions des ONG d’urgence, et d’autre part faciliter l’insertion du personnel de ces ONG. Les volontaires DCC ont un savoir-faire indéniable : la connaissance du terrain et des sociabilités locales ». Le président de la DCC, Frédéric Mounier, le reconnaissait lors de la dernière assemblée générale de l’association : « Peut-être la fameuse frontière entre ONG d’urgence et de développement est-elle en train d’évoluer [car] les situations d’urgence sont en passe de devenir des situations ordinaires ».
Pour les populations locales, c’est déjà le cas. « Ils ont l’habitude de travailler avec des bouts de ficelle. Ils pensent plus en terme de cycles courts au sein d’un cycle long » théorise J. Duplessy. Concrètement : « cela se casse la figure, et on reconstruit. Notre dispensaire au Liberia a été mis à sac deux fois ; mais tout le monde a continué, inlassablement» nous confiait une sœur franciscaine missionnaire de Marie.
Au contact de ses populations, le volontaire comprend alors que ce qui est pour lui exceptionnel, a pour la plupart de ses collègues un goût de déjà vu. Ni urgentiste, ni missionnaire, le volontaire est simplement un habitant qui se mobilise face à un drame. Il a gardé intact sa capacité de révolte, et pour lui, Sisyphe n’est encore qu’un mythe.