Dans le domaine de la solidarité, et surtout de la solidarité internationale, le transfert de compétences constitue souvent un objectif recherché : il s’agit de donner aux bénéficiaires des outils pour répondre à leurs besoins plutôt que les biens et les services nécessaires pour les combler. En ce sens, la solidarité ne vise pas l’assistance mais l’auto-prise en charge. Pourtant, dans l’idée même de « transfert » il reste quelque chose d’assistantiel.
Transférer c’est passer d’une main à une autre, comme si d’un côté il y avait la compétence et de l’autre l’incompétence, d’un côté le savoir et de l’autre l’ignorance, d’un côté l’atout et de l’autre le manque. Il y a sans doute des outils et des techniques à transférer, mais il y a aussi des savoir-faire propres, des capacités idoines, à identifier et à développer.S’agit-il de « passer » ou plutôt de « créer » ensemble, en mettant les compétences d’ici et de là-bas à profit ? Il s’agit de considérer l’autre comme co-créateur plutôt qu’apprenti.
Transférer c’est partager un savoir faire, comme s’il y avait une seule manière de faire. Il y a sans doute des techniques et des connaissances à partager, mais il y a aussi des manières de faire locales, plus informelles et intuitives, qui sont à valoriser et intégrer. S’agit-il de « partager » ou plutôt de« participer » à un projet commun, où chacun aura quelque chose à apporter ? Il s’agit de considérer l’autre comme partenaire plutôt que bénéficiaire.
Transférer c’est communiquer un acquis, comme si le développement était surtout une affaire de compétences à acquérir. Il y a sans doute des acquis à obtenir, des conditions à améliorer et des ressources à incorporer, mais il y a surtout une nouvelle manière de vivre ensemble à inventer. S’agit-il de « communiquer » ou plutôt de« communier », c’est-à-dire de « devenir commun » avec l’autre ?
Oui, dans la solidarité il y a à transférer, mais dans les deux sens et en vue du projet commun. Car on reconnaît facilement qu’on reçoit autant ou plus de ce qu’on donne, mais ce don-contre don ne fait que rarement projet commun : on donne des compétences et on reçoit de la reconnaissance, de la chaleur humaine, du relationnel. Plutôt que de transférer, il s’agit de transformer et de se laisser transformer ensemble.