Développement local, les intuitions de l’Eglise
« Lorsque la misère s’offre à nos yeux, il est impossible de ne rien faire, ou tout au moins d’essayer de rendre l’infra-humain un peu plus humain » Cette évidence que rappelle Philippe Engel, spiritain et permanent à la DCC, est à la source de nombreux projets mis en place par des Chrétiens. « L’Evangile nous invite à l’action, à donner à boire à ceux qui ont soif ». Et c’est ainsi que l’on retrouve des hommes et des femmes d’Eglise agir au fin fond de l’Amazonie, aux frontières du Togo ou sur une île perdue d’Indonésie. A chaque fois, la même indignation, la même envie d’agir. De nombreux volontaires témoignent de l’énergie et de l’espérance de ces acteurs.
« Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur coeur. » rappelait le concile Vatican II dans la constitution Gaudium et Spes.
Rien de plus logique alors que de voir fleurir dans tous les territoires des projets de développement, d’autant pplus si l’on prend en compte l’étendue géographique de la présence de l’Eglise. Ce vivre avec se traduit par des projets étonnants, parfois isolés ou décalés par rapport aux perspectives des grands organismes. Le père Van de Lugt, jésuite de Syrie, met en place une exploitation viticole en pays musulman, des sœurs montent une école de musique au fond de l’Amazonie bolivienne. Ces initiatives surprennent, mais leur évidence transparaît après un plongeon dans l’histoire locale et l’existence des hommes et des femmes de la région.
Reto Gmünder, théologien protestant suisse, constate que « le développement prend souvent la forme d’expériences ponctuelles, locales, surgissant et parfois disparaissant à nouveau, fécondant d’autres expériences, tout en s’inscrivant dans une démarche globale ». Quelle rentabilité et quelle crédibilité donner à cette vision du développement ? Encore une fois, il faut aller chercher du côté de la dynamique de l’Evangile, invitant à mettre l’homme et la femme debout.
L’évangile fait déplacer des montagnes, et parfois rend aussi aveugle. Les échecs existent, et les projets abandonnés après la disparition de leur fondateur ne sont pas rares.
L’intuition d’un missionnaire doit être comprise et accueillie, pas seulement admirée. « Ce qui est développement pour nous occidentaux, ne l’est pas pour les hommes de certains pays, pris dans une réalité de survie », souligne Philippe Engel « pour que l’intuition s’enracine, il faut rester au plus près des gens, comprendre, former et penser en réseau ». Cette idée de réseau se concrétise notamment à travers la Caritas présente dans chaque pays mais aussi le souci des évêques de penser au niveau régional. Des volontaires ont ainsi aidé l’enseignement catholique burkinabé à se structurer.
Penser au-delà de ce jour. C’est alors que l’on pense au curé sénégalais qui met en place des écoles catéchétiques pour pouvoir alphabétiser les enfants de sa paroisse. Mais il pense déjà aux autres activités. Sa vision rejoint le développement intégral, la population s’instruit, un souffle naït.l’esprit est à l’œuvre.